Mon histoire

mon fils

les premiers instants de vie

Début décembre 2012, ma vie a changé pour toujours.
J’ai changé pour toujours.
Après deux ans et demi d’un parcours tumultueux et d’essais infructueux ponctué d’un
pré-cancer de l’utérus, ma merveilleuse femme a mis au monde notre premier enfant, mon fils.
3,160 kgs et 50 cm. Parfait. Magnifique. Beau comme le soleil.
36 heures et 36 minutes après sa naissance, il était déjà parti.
Emporté par une méningite foudroyante due à la bactérie escherichia coli.
Nous ne l’avons eu avec nous que quelques heures.
Le soir de sa naissance, après qu’il ait pleuré toute la journée, je lui ai enlevé son body parce que je pensais qu’il avait trop chaud et j’ai alors remarqué quelques petites tâches rouges sur sa peau.
J’en ai immédiatement parlé à l’infirmière puis la pédiatre est arrivée et elles ont décidé de
l’emmener en néonatalogie pour le surveiller et le mettre sous antibiotiques. Nous l’avons veillé
jusque tard dans la nuit jusqu’au moment où les infirmières nous ont ordonnées d’aller dormir
car nous n’avions pas dormi une seconde depuis près de 50h, depuis bien avant
l’accouchement.
Le lendemain matin, au réveil, on nous a appris qu’il avait été descendu en réanimation
néonatale car il avait fait un malaise cardiaque dans la nuit. Nous nous sommes
immédiatement présentées au service de réa et là, on nous a fait attendre en nous disant qu’on allait sortir pour nous parler.
Ma femme et moi, nous nous sommes alors regardées et nous savions déjà ce qu’ils allaient nous dire. Les visages décomposés de la docteur et de l’infirmière nous l’ont immédiatement confirmé. C’était une méningite fulgurante et il n’y avait quasiment aucune chance de le sauver.
Nous sommes allées le voir en nous prévenant avant qu’il serait « un peu » changé….
Il était minuscule dans cette grande pièce, relié par des dizaines de tubes et tuyaux à des
machines partout, son petit corps entièrement tâché par la maladie, les yeux fermés et
pourtant si beau, mon chaton.
Toute la journée, nous l’avons veillé et avons été attentive au moindre changement de son état. Une amie proche est venue lui chanter en créole une chanson de sa grand-mère pour l’aider à se battre. Mais quand les derniers examens sont tombés et qu’il n’y avait plus aucun espoir, il a fallu prendre une décision. A peine parents, nous avons dû faire face à la plus injuste et violente des situations.
Nous avions déjà ressenti que son âme était partie alors nous lui avons dit toutes les deux qu’il pouvait partir, qu’il n’avait plus à se battre, qu’il n’avait plus à souffrir…
Il était déjà dans nos bras quand l’infirmière a débranché le respirateur artificiel.
Il s’est éteint, sans bruit et couvert de baisers, entouré de l’amour infini de ses deux mamans.
Nous l’avons ensuite lavé, chaque petit pli de son petit corps, nous l’avons habillé de son petit pyjama crème si mignon et son petit bonnet taupe.
Nous lui avons parlé, l’avons embrassé, câliné dans un silence effroyable.
Nous l’avons ensuite couché dans un petit couffin installé dans une salle paisible et épurée.
Nous lui avons dit au revoir, à bientôt en le regardant jusqu’au dernier moment.
C’était la dernière fois que j’ai vu mon fils.
Le jour d’après, il a fallu que j’aille déclarer en personne sa naissance à la mairie, seul moyen que « j’existe » quelque part. Seul moyen de voir écrit mon nom sur son acte de naissance puisque, quoi qu’en dise la loi, je suis sa mère aussi. Mes parents et ma meilleure amie sont
venus avec moi, je ne sais toujours pas comment j’ai réussi à seulement marcher. On a attendu longtemps, au milieu de tous ces papas joyeux et fiers de déclarer une naissance.
Moi, je ne sais pas où j’étais, je crois que j’étais passée en mode automatique car je m’entendais, au loin, répondre machinalement aux questions de l’employée qui enregistrait la naissance de mon fils.
Pendant mon absence, tout l’hôpital avait défilé devant ma femme, des aides-soignantes aux chefs de service en passant par les sage-femmes, pédiatre, psys, docteurs en réa etc. Tous
semblaient en état de choc et ne savaient pas vraiment quoi dire. Elle aussi, était ailleurs…
Tout ce qui s’est passé après : le terrible retour à la maison sans lui, les obsèques, mes beaux-parents venus des USA, les formalités administratives ou tout simplement manger, dormir, boire, marcher, parler….tout ça n’est qu’une nébuleuse de fragments de survie sans lieu ni temps, sans repères.
Comme une sorte de dimension parallèle que l’on verrait de loin, sans que ça nous concerne.

J’aurais dû être épuisée mais la plus heureuse des mamans.

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20 réflexions au sujet de « Mon histoire »

  1. March is for daffodils

    Oh, ç’est trop triste. C’est une chose abominable. Je suis tellement désolée. Petit soleil, tu n’es pas oublié; tu es dans mes pensés and dans mon coeur çe soir. J’ai lu le blog de votre femme, mais ç’est la première fois que j’ai lu içi. (Aussi la première fois que j’ai écris en français depuis plusieurs ans!) Je vous remercie pour vos mots. Je vous envoie un câlin.

    Répondre
  2. Lulu

    Que dire ? Je suis bouleversée et me permets de vous serrer toutes les deux dans mes bras.
    Vous avez vécu l’horreur, l’inacceptable, traversé une épreuve sans nom.
    Toutes mes pensées pour vous et votre petit ange héroïque.

    Répondre
  3. julys974

    Je n’ai pas de mot… Merci d’avoir partagé ton (votre) histoire avec nous… Parfois, la vie est vraiment dégueulasse !! Je vous souhaite du fond du cœur de traverser cette épreuve en puisant toute la force nécessaire dans l’amour qui vous unit. Votre fils est magnifique… Bises.

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      La vie est parfois une chienne et même quand on pense l’avoir apprivoisée, on n’est jamais à l’abri d’un méchant coup de croc.
      C’est vrai qu’il est beau mon fils…. 🙂 Merci.

      Répondre
  4. loLo

    J’ai envie de t’envoyer un message et en même temps, je ne trouve pas les mots… je suis admirative de votre courage à toutes les deux. Ton fils est beau comme un soleil, tu as raison… Je vous souhaite d’autres soleils, du fond du coeur.

    Répondre
  5. bulle007

    Je viens de découvrir cette histoire trop dure, atroce, terrible, sans nom…
    Je ne peux apaiser votre peine mais je me joins à votre douleur. J’espère que le soleil se cache derrière les nuages.
    Ton fils est magnifique.
    Je vous embrasse.

    Répondre
  6. BENOIT

    J’ai envie de pleurer en lisant votre histoire. Quelle horreur. Je suis tellement désolée pour vous. Votre petit est magnifique, il vous aidera pendant tout le chemin qu’il vous reste à parcourir avec cette fois, derrière le virage une arrivée heureuse. Accrochez vous!

    Répondre
  7. compoteen

    Je découvre votre blog par le biais de Julys, et que dire… Les larmes ont roulé sur mes joues. Votre petit est si beau, je reste persuadée que nos petits nous choisissent et meme s’il ne viennent faire que 3 petits tours avant de s’en aller l’amour et la lumière qu’ils ont laissé dans nos vies est infinie.
    J’espère de tout cœur que vos beaux projets aboutiront.

    Répondre
  8. Nolwenn

    Mon cœur a été touché au plus profond… Votre petit ange a marqué désormais ma vie
    et je te remercie pour avoir partagé ton histoire… Courage dans votre beau projet de famille… Je suivrai l’évolution de vos espoirs.

    Répondre
  9. mamanfwoggie Auteur de l’article

    Merci very very much pour vos jolis mots, vos douces pensées et votre soutien! Notre fils n’existe pas que dans notre vie et notre cœur mais aussi d’une façon ou d’une autre dans les vôtres alors merci infiniment ❤

    Répondre

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