Entre deuil, karma et résilience (?)

And I know it’s over Still I cling, I don’t know where else I can go

Depuis le début de notre parcours en 2010, je vois des collègues avoir un enfant puis deux voire trois, des blogueuses en PMA (les chanceuses !) avoir enfin leur/s miracle/s et d’autres femmes qui après avoir vécu un deuil périnatal ont maintenant un enfant ou plus, vivant. Les années défilent et tout le monde semble avoir son enfant-miracle, son enfant arc-en-ciel, son enfant vivant. De nombreux blogs racontent leur parcours et leurs obstacles pour finalement toujours terminer sur un happy end. Mais que se passe t-il quand il n’y a ni miracle ni rainbow baby ni personne ?
Beaucoup de monde parle de résilience après un deuil périnatal mais toutes ces personnes ont, en général, au moins un enfant vivant. Alors je me demande, n’est-ce pas un peu plus « facile » de parler de résilience quand le rêve de sa vie a été exaucé ? Quand on a un petit être vivant à aimer et que l’on peut voir grandir ? Quand on peut l’embrasser et le serrer dans ses bras à tout moment ?
Du coup, comment ça se passe la résilience quand on n’a pas cette chance ? Ou quand notre vie reste suspendue à ce rêve peut-être obsessionnel de fonder une famille ? Ou à cet espoir qui s’amenuise au fil des ans ? Ou quand on se dit que le miracle ne passera pas chez nous ?
Force est de constater qu’il y a peu de témoignages et de blogs sur celles qui restent sur le carreau, qui ont abandonné le rêve de cet enfant ou bien qui attendent encore leur propre miracle sans plus vraiment y croire. De surcroît, je n’ai jamais trouvé de blog français semblable au mien, celui d’un couple lesbien ayant subi un deuil périnatal et se battant pour un second enfant, vivant. A croire qu’on est les seules à l’avoir vécu ou les seules à vouloir en témoigner ou je ne sais pas. On se sent encore un peu plus invisible et isolé non seulement au sein de la société mais également au sein de notre propre communauté, sans compter tous les préjudices et discriminations que notre couple subit par le simple fait de son existence.

Après avoir passé des années à se focaliser sur ce désir d’enfant, à s’être injecté un nombre incalculable de médicaments divers et variés, à planifier et gérer au dernier moment toutes sortes de voyages à l’étranger (pour les moins chanceuses), à attendre fébrilement le résultat d’une FIV ou d’un don d’embryons, à s’être pris autant de coups de poings dans la gueule à chaque résultat négatif ou fausse-couche, à dépenser jusqu’à son dernier euro (toujours pour les moins chanceuses), cet enfant tant désiré n’est toujours pas là.
Comment fait-on pour faire le deuil d’un autre enfant espéré? Comment fait-on pour affronter cet autre deuil après celui de son premier enfant mort ? Où trouve t-on l’énergie de se refaire une vie si différente de celle qu’on avait déjà imaginée ? Et même, à quoi bon de toutes façons ? Sur quoi repose la résilience quand tout semble vide ? Quelle sera notre vie quand la vue de chaque enfant croisé nous rappellera la douleur indicible de ne pas avoir eu le nôtre à chérir ?Même si nous n’avons pas abandonné notre rêve, toutes ces interrogations tournent en boucle dans ma tête. Même si je me persuade de prendre chaque journée comme elle vient, cette peur rôde comme un danger imminent alors je vous demande, comment fait-on ?

Depuis le début de l’année, nous prenons une longue pause pour reconstruire nos cerveaux brisés et nos corps cassés, afin de réellement assimiler et digérer le deuil de notre Petit Soleil et des 3 fausse-couches que nous avons enfouies au fond de nos pensées pour se lancer à corps perdu à la poursuite de ce rêve qui semble parfois si lointain. On sait qu’on ne réussira pas sous la pression et le stress permanent de cette situation, c’est une évidence alors cela prendra le temps qu’il faudra, on ne veut plus se presser. L’argent de la cagnotte est au chaud, intact, lui aussi attend que l’on soit prêtes. Cela représentera certainement nos dernières tentatives avant de peut-être songer à d’autres moyens en cas d’échecs. On n’en est pas là. Pas encore mais…d’où tous mes questionnements sur l’après.

Pour l’instant, nous combattons une autre bataille avec le nouvel employeur de Honey qui, depuis le rachat de la société pour laquelle elle travaille, accumule les illégalités et préjudices à son encontre. Une autre injustice qui soulève une fois de plus le doute quant à une homophobie déguisée (puisque c’est elle la seule cible parmi tous les employés). Comme toutes les autres batailles que nous avons menées, nous ne baisserons pas les bras mais voilà, encore une fois, c’est de l’énergie, du temps, de la colère et du stress, incompatibles avec la poursuite de notre rêve d’enfant vivant. Comme son employeur agit en toute illégalité avec les lois françaises et que l’inspection du travail en est même choquée, cela mènera inévitablement à une rupture de contrat et donc une recherche de travail pour elle, autre source de stress et d’inquiétude.
Mais on ne peut poursuivre plusieurs lièvres à la fois, on va d’abord prendre le temps d’éliminer cette tension professionnelle et conflictuelle permanente tout en « essayant de soigner » les répliques sismiques de nos successifs tremblements de terre psychologiques et physiques.
On ne rêve pourtant que de tranquillité et de bonheur à trois (ou plus) mais apparemment notre karma en a décidé autrement. Soit on se bat, soit on meurt. On a décidé de se battre. Peut-être jusqu’à ce que mort s’ensuive…qui sait si ce putain de karma de merde s’arrêtera un jour ?

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6 réflexions au sujet de « Entre deuil, karma et résilience (?) »

  1. Kaymet

    Je ne crois pas qu’il existe de réponse à tes questions, ou alors je ne les connais pas. La seule réponse que je puisse faire c’est que seul le temps atténue doucement la douleur et aide à avancer vers la suite, quelle qu’elle soit. Je ne peux réellement imaginer la douleur et les difficultés que vous vivez, mais je vous soutiens à 100% et vous souhaite cette tranquillité et ce bonheur auquel vous aspirez et auquel vous avez droit (!!!), que ce soit au niveau familial, au niveau du couple, ou au travail.

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Merci beaucoup Kaymet de ton soutien! le temps aide certainement à faire avec, il permet sûrement de trouver des habilités pour ne pas s’effondrer chaque jour mais malheureusement je pense que ça aide en surface seulement, profondément je crois que personne n’a de réponse…

      Répondre
  2. typhaine

    Je n’ai pas de réponse non plus à tes questions, mais je crois qu’en effet, c’est « plus facile » de faire le deuil d’un bébé quand il n’est pas multiplié/complexifié par la tâche de faire le deuil d’un projet de famille. Ce n’est pas un discours commun dans le milieu du deuil périnatal parce que non, un bébé n’en remplace pas un autre, mais je crois que ça apporte un baume dans la famille (j’extrapole mais j’imagine que ça facilite aussi les interactions avec le reste du monde, qui est soulagé de ne plus avoir à faire face à ce vide constant).
    J’aimerais tant qu’il y ait quelque chose à dire ou à faire pour rendre plus facile votre chemin.
    Je pense à vous, et à petit soleil. xx

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    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Je n’aurais pas mieux exprimé ce que j’entendais par « plus facile » quand il y a un enfant vivant après ou avant un deuil périnatal, bien sûr qu’un enfant est irremplaçable, seulement ce vide constant est « atténué » par d’autres émotions et notions existentielles ….et un bonheur enfin atteint ou au moins effleuré j’imagine. Merci Typhaine de ton soutien et de toujours trouver les mots justes ❤

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  3. https://www.facebook.com/lejouravant/

    Je vais juste dire que je ne crois pas en karma. Ni à la justice de aucun sort. Les anciens commando nazi se réchauffent au soleil d’Amérique du Sud sans être jamais touches pas karma. La vie est injuste et inutile d’espérer d’y trouver un happy end, car on peut perdre même un bébé espoir, bébé rainbow. J’ai déjà connu les femmes qui ont perdu deux grossesse pour deux raison différents.

    En quoi concerne le « plus facile », ben, sachez que même avec un enfant vivant’ quand on en perde en autre on perde tout en projet de famille aussi. Ce ne sera jamais une famille plein, heureuse, il y aura toujours une grande ombre qui se posera sur la vie de chacun, inclus bébés d’avant ou bébé d’après. Avoir un fils à côté de moi au moment de décès de mon deuxième à rendu les choses encore plus difficiles, le deuil ne pouvant pas s’exprimer vraiment.

    La résilience c’est la seule chose qui nous reste, quand on est athée et on n’attend pas le rencontre apres. Je ne sais pas si ça va t’aider, mais chaque jour nous approche de la fin, et la fin sera libératoire.

    Je t’embrasse. Courage.

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes interrogations, je vois qu’en fait, rien n’est jamais vraiment plus « facile » , chaque situation a sa lourde croix à porter….Merci encore et courage à toi !

      Répondre

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