Comme chaque année

Comme chaque année, comme à chacun de ses anniversaires, on essaye toujours de partir ailleurs. Aller chercher de l’air frais comme pour mieux respirer. Trouver une certaine stimulation pour ne pas sombrer dans nos souvenirs les plus tragiques. Essayer de trouver de la vie sous quelque forme. Se reconnecter à la beauté, à la nature et à l’illumination.
Cette année, on est allées en Baie de Somme, un semi-désert de nature sauvage où la Somme rejoint la Manche parmi les phoques, oiseaux et canards. Au milieu de nulle part à vrai dire.
De petites villes désertes sitôt le soleil couché, des bancs de sable, de cailloux et la mer jusqu’à l’horizon, un Bed&Breakfast perdu au milieu des marais et du cancanement des canards avec au-dessus de nous, la voûte céleste et ses milliards d’étoiles nous irradiant de splendeur. On aime particulièrement les milieux de nulle part, ça doit correspondre à notre état d’esprit.

Cela nous demande beaucoup d’efforts pour se bouger ces jours-là, beaucoup d’énergie physique et mentale. Parce que ce sont ces deux jours identiques que l’on revit en boucle chaque année. Comme si notre cerveau déclenchait automatiquement le film de ces tristes jours, minute après minute. Un film dont on connaît déjà la fin. « A cette heure-ci, j’étais heureuse, je l’avais dans mes bras, tout contre moi, j’étais devenue maman » et je me remémore les sensations de ce bonheur infini. Puis plus tard, « à cette heure-ci, on attendait derrière la porte des soins intensifs que les médecins sortent nous parler, en sentant déjà la tragédie arriver » et je ressens encore ce vide absolu dans mes tripes et mon cerveau, la dislocation de mon être tout entier. Les heures et minutes défilent comme il y a 4 ans, exactement pareilles. C’est aussi pour cela que l’on part toujours quelque part, pour combler ces épisodes qui nous rendraient folles de douleur comme il y a 4 ans, de découverte et de beauté. Une diversion nécessaire et vitale.

En voyant les bateaux dans le port, j’imaginais leur fluidité sur les flots et l’espace immense en pleine mer comme une tentation de se laisser engloutir par cette puissance supérieure et réconfortante. On a laissé quelques lumières dans une église, quelques larmes aussi. On a marché des heures sur la plage, les yeux sur les galets pour ramasser ceux qui nous plaisaient ou le regard perdu dans l’interminable baie et ses milliers d’oiseaux, à la recherche de phoques qui ne sont jamais apparus. Il faisait un froid glacial, presque anesthésiant mais un soleil éclatant. Notre Petit Soleil nous a fait signe ici et là comme chaque année et on a souri puis on est rentrées.

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5 réflexions au sujet de « Comme chaque année »

  1. yael

    Comme chaque année une flamme s’est allumée dans nos cœur et dans nos maisons.
    Bravo de trouver cette énergie salvatrice, de partir chercher hors de Paris ce qui vous fera du mieux.
    Je vous embrasse fort.

    Répondre
  2. Silly Rose

    Comme souvent j’adhère à 100% avec les messages de Yael. Une petite flamme s’est également illuminée chez nous et chez quelques amis comme chaque Ste Lucie….le jour où l on avait tous dit au revoir à votre Petit Soleil. Merci pour ces magnifiques photos.Mille bisous les filles.

    Répondre

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