Back to Life

 

De retour à Paris, toutes les deux, comme à l’aller. Pas de petit clandestin grec dans le ventre de Honey. Résultat négatif du dernier transfert d’embryons. Encore. Sauf que cette fois-ci nous avions anticipé cet échec, nous l’attendions presque. J’en étais certaine. Sauf que cette fois-ci nous étions ailleurs que dans un placard gris, froid et fermé. Nous étions à l’air libre entourées de couleurs et de chaleur. Et ça change TOUT…ou presque. Parce qu’on a beau s’y attendre,
la lecture de ce putain de dosage HCG inférieur à 5 est toujours une claque dans la gueule.
Et l’on se dirige doucement mais sûrement vers un autre deuil que celui de notre fils, celui de la parentalité, visible. Puisque rien ni personne ne révèle que je suis mère. Je suis un fantôme de maman même si je me ressens maman au cœur de mes tripes. Je n’ai plus d’enfant à qui exprimer tout cet amour viscéral et infini pourtant il est là. Il a essayé de s’échapper il y a quelques semaines lorsque j’ai rencontré le fils d’une amie, né deux mois avant notre Petit Soleil. Rencontre tant redoutée, j’allais voir à « qui » aurait pu ressembler mon bébé de presque 4 ans. Réaliser tout ce que j’aurais dû moi aussi vivre. Imaginer qu’ils auraient dû jouer ensemble, comme deux cousins. Je descendais lentement cette pente de la douleur quand il est entré, beau comme une fleur, des boucles blondes comme des pétales ensoleillés. Et là, je l’ai senti, cet amour maternel se réveiller de sa torpeur, lentement comme sorti d’un sommeil trop profond. Il prenait de la vigueur à mesure que l’on se découvrait, ce petit garçon et moi.
Que l’on s’apprivoisait un peu. Et à un moment, on a joué ensemble, il s’est caché et je faisais tenir le suspens. Quand je l’ai découvert et qu’il a éclaté de rire, je l’ai pris dans mes bras
et je n’ai pas pu m’empêcher de le serrer fort et de l’embrasser dans le cou. Une alerte s’est alors déclenchée dans mon cerveau me signifiant que cet amour infini avait atteint un seuil dangereux d’exposition. Mon système de répression s’est mis en route et tout est revenu à la normale quelques temps après. Pendant quelques secondes, j’ai fait un transfert de mon fils vers ce petit garçon-fleur. Je n’ai pas analysé mon attitude de ce jour, je ne veux même pas la comprendre et la décortiquer comme je fais d’habitude, non, je veux juste me souvenir de cette sensation d’avoir pris mon fils dans les bras et de l’avoir aimé par procuration. Parce que c’était la plus belle et la plus triste des émotions.
Mais ce n’est pas mon fils, le mien est mort et je dois anticiper cette vie sans enfant vivant qui a l’air de se profiler. Pour l’instant ce sont mes chats qui me font sentir maman, de façon très différente évidemment mais ça me permet d’assouvir ce besoin d’aimer infiniment et absolument. D’une façon assez logique, ma vie sans enfant vivant s’articulera sans aucun doute autour des animaux. Substituts de cet enfant que je ne verrai jamais grandir. J’envisage donc une reconversion professionnelle qui me permettra sans doute (de tenter) de m’épanouir en étant complètement moi-même et qui je suis devenue. Un plan de vie à court, moyen et long-terme qui rejoindra nos rêves de futur. Et si par chance, miracle, bonheur, un enfant venait à naître et vivre, ce serait le melon sur le gâteau !

Les vacances ont été comme un déclic dans notre tête. Cela faisait 5 ans que je n’avais été aussi sereine. C’est certainement la collusion d’un millier de choses qui m’a amenée à ressentir un tel « bien-être ». Une sensation de calme intérieur et d’apaisement dû à une empathie d’un niveau supérieur je crois. J’ai réalisé la magie de la gentillesse et de l’amour. Évidemment, je ne suis pas une Bisounours, je sais qu’il y a des limites, des cadres et des exceptions à cette magie. Mais depuis que mon attitude a changé, le vent s’est mis à tourner du bon côté pour plein de petites choses (ça doit nécessiter une force de Buddha pour faire tourner les plus grandes!) mais qui améliorent grandement notre quotidien et nos relations avec les autres. J’ai enfin saisi une vérité profonde qui apparaît certainement banale et de soi pour un grand nombre de personnes mais que je n’avais pas encore éprouvé véritablement. Une révélation qui m’apporte lucidité et clarté dans mes projets d’avenir pour tenter de trouver une autre vie et un autre bonheur que celui qui semble nous échapper constamment.

Pourtant la période la plus difficile de l’année pour nous commence, froide, tourmentée et violente. Ma lucidité sera t-elle assaillie d’émotions négatives ? Cet amour résistera t-il à l’injuste tristesse qui me submergera ? Serai-je assez forte pour entrevoir une autre vie à travers sa mort ?

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9 réflexions au sujet de « Back to Life »

  1. Kaymet

    Je suis vraiment désolée pour ce nouvel espoir déçu. Et impressionnée par la belle énergie vers laquelle tu as réussi à te tourner – je te souhaite que cette énergie se maintiennent et s’amplifie, et que quelque soit votre avenir, il soit beau et heureux malgré ces épreuves.

    Répondre

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