Ailleurs est ici

acropole

l’Acropole

C’est la fin de l’après-midi en Catalogne espagnole, après avoir mangé un brunch de bocadillo de pechuga de pollo, patatas bravas et café con leche, je viens de sortir de la piscine et j’écris depuis ma chaise longue.

Les vraies vacances tant attendues depuis juillet 2011 ne sont plus un fantasme, elles sont bien là, réelles, dépaysantes et ensoleillées. Je me sens hystérique de joie en mon for intérieur et pourtant si calme à l’extérieur. Je savoure. Les derniers jours avant le départ pour la Catalogne ont pour le moins été intenses et épuisants. Nous sommes retournées à Athènes pour un nouveau transfert d’embryons, un aller-retour en 48h avant d’entamer les 14h de route pour l’Espagne quelques heures après avoir atterri à Paris. Notre logeuse habituelle à Athènes étant en vacances à l’autre bout du pays, nous n’avons pas pu louer notre petit nid habituel mais elle nous a proposé son propre appartement à la place avec terrasse panoramique immense et vue imprenable sur l’Acropole ! Juste parce que vous êtes comme des amies pour moi, nous a t-elle dit ! Une gentillesse aussi surprenante que bouleversante. Gentillesse que l’on a trouvé chez tous les grecs que nous avons rencontré depuis que nous y allons, sans exception.


Nous sommes maintenant posées et tranquilles dans une maison paradisiaque où l’on passerait bien tout le reste de notre vie. Nous retrouvons également cette même gentillesse chez nos voisins catalans et putain que ça fait du bien ! La vie à Paris n’est faite que d’indifférence, d’hostilité et de bruits. Personne ne s’arrête jamais, personne ne semble touché par ce qui les entoure, tout le monde marche, court et fuit. Un jour, nous aussi nous les fuirons, c’est certain.
Depuis que nous sommes arrivées dans cette enclave paradisiaque, nous décompressons de tout le stress et la fatigue tant physique que psychologique accumulées ces dernières années, ces derniers mois. Et ça en fait beaucoup ! Je sens ce stress se dissiper un peu plus chaque jour même si l’anxiété de la réussite du transfert plane encore comme un rapace repérant sa proie sans défense. Mais au moins l’environnement ici n’est pas toxique. Nous nous baladons entre mer et montagnes, au milieu des milliers d’oliviers sur un versant, des milliers d’orangers de l’autre. Nous rencontrons Miró à Mont-Roig del Camp, un petit village aux ruelles étroites et aux balcons fleuris d’où pendent les senyeras catalanes. Dans le centre culturel qui lui est consacré, trois femmes fabriquaient des cœurs de céramique, de peinture et d’amour pour une exposition contre le cancer du sein, nous sommes allées leur parler, elles nous ont raconté le pourquoi de tous ces cœurs et papillons, une visualisation de l’effort, de l’apprentissage et du dépassement de soi pour vaincre le cancer, elles nous ont dit la bataille contre cette maladie dont certaines étaient rescapées et d’autres non. Une émotion palpable à ces récits qui nous a permis aussi de leur dire notre histoire et celle de notre Petit Soleil. Alors que nos yeux se mouillaient, toutes trois nous ont alors entourées de chaleur et de compassion, avec toute l’expérience de leur douleur, la vie continue d’être injuste, seul le temps permet de faire avec, pas à pas, petits ou grands, un autre chemin commence, si différent de celui prévu, aussi douloureux que soudain….pero la dolor es por toda la vida, une démonstration d’amour de la part d’inconnues que l’on ne retrouve même pas dans nos familles.
Il y a quelque chose de définitivement spécial ici, à chaque fois que l’on y retourne, comme si certaines de nos racines trouvaient leur place, comme si nous étions là au bon endroit, tout résonne en nous ici et depuis tellement longtemps. Comme si cette terre catalane nous appelait, comme si tous ces gens que nous rencontrons nous invitaient à rester, quelque chose que l’on ne peut ignorer tant nos expériences ici ont été fortes et tellement significatives.
Dans quelques jours, on saura le résultat de ce dernier transfert d’embryons. Dans quelques jours, on aura certainement besoin de toute la force de ces montagnes, de cette mer qui s’abandonne sur les criques isolées et de cette aura si particulière qui nous touche en plein cœur.

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9 réflexions au sujet de « Ailleurs est ici »

  1. Framboise

    Chère mamanfwoggie
    cela fait plusieurs semaines que je lis votre blog en silence…quand je l’ai découvert je l’ai lu entièrement depuis le début et je ne cache pas que mes larmes ont coulé bien des fois.
    Vos mots sont tellement touchants pour parler de votre combat, de votre petit ange…J’aimerais vous serrer dans mes bras et vous envoyer toutes mes bonnes ondes pour que cette tentative vous apporte le bonheur que vous méritez (je sais qu’on ne devrait pas dire que certains méritent pus le bonheur que d’autres, mais bon,si quand même…)
    Je pense fort à vous, à votre petit garçon, et me permet de vous embrasser toutes les deux et d’envoyer des bisous nuages à votre petit ange.
    Framboise, maman bonheur de Marilou et Achille, (arrivés dans notre famille par le cœur)

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Merci infiniment de partager tes émotions, de penser à mon fils et de m’écrire tous ces mots qui éloignent de l’isolement et de l’indifférence. Malheureusement les bonnes ondes et le « mérite » ne suffisent pas ou en tout cas pas pour cette fois non plus et pas pour nous. Mais peut-être qu’à force d’insister, la chance tournera…qui sait? Bises

      Répondre
  2. yael

    C’est l’automne,
    Je descend le chemin qui mène à la Garonne. Je les espère.
    Et elles sont là.
    Rouges et lumineuses et habitées de soleil.
    Ces feuilles qui grimpent à la Digue.
    Douces et flamboyantes …
    Mon cœur se serre. Respire plus fort.
    Je pleure et je souris. C’est si … beau.
    L’automne, la saison ou ma fleur est né, je me souviens de ces feuilles avant son arrivée.
    Ces feuilles … gorgées de soleil éclatant.
    Et je sens que votre Petit Soleil est là, lui aussi, dans cette lumière, ce bordeaux flamboyant, cette ivresse de vitrail chaud et doux …
    Mon enfant végétal et votre enfant soleil jouent en riant devant mes feuilles d’automne rouges.
    Avec Amour.

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Yael, tu m’emmènes sur des chemins imaginaires qui serrent et exaltent mon cœur, qui me font moi aussi sourire et pleurer et au-delà de tous ces sentiments, c’est l’amour que tu portes en toi et que tu exprimes dans chaque mot que tu écris. Ton soutien indéfectible et toutes tes sages paroles nous tirent vers le haut. Muchísimas gracias guapa ! ❤

      Répondre

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