Rien ou la chance infinie.

Après de nombreuses discussions, de conseils avisés et d’arguments raisonnés, nous avons décidé de retourner à Athènes plus tôt que prévu pour un transfert d’embryons.
Ce voyage a, une fois de plus, été ponctué de coïncidences perturbantes que l’on s’est interdit de prendre comme signes d’un quelconque destin. Lors de l’aller, j’ai passé le voyage à côté de deux petits garçons, deux frères dont le plus jeune de 8 ou 9 ans avait le même prénom que mon fils ! J’ai dû écouter attentivement plusieurs fois pour être bien sûre que je ne rêvais pas ! Ça m’a paru déjà fou de me retrouver à côté de lui, au regard des statistiques pour que cela se produise ! J’étais très heureuse d’entendre son prénom si doux à mes oreilles et de voir un petit garçon adorable le porter mais en même temps je ne pouvais que l’imaginer, lui, mon fils, qui aurait dû aller sur ses 4 ans.
Quelques heures plus tard, dans le métro qui nous menait au centre-ville, Honey était assise à côté d’une jeune femme qui lisait. En regardant par-dessus son épaule, c’était un livre médical détaillant l’endomètre et la phase d’implantation de l’embryon avec toutes les implications des hormones ! Ça aurait pu être un manuel économique ou un magazine people mais non.
Puis le jour du transfert, Honey est tombée sur un commentaire d’un réseau social qu’elle n’aurait jamais dû voir pour des raisons de contacts, de timeline et de je ne sais quoi.
Ce commentaire venu de nulle part émanait d’une personne portant encore le même prénom que notre fils et dont le nom de famille signifie littéralement « le Grec » !! Ça ne s’invente même pas ! et il habite évidemment la Valley of the Sun aux Etats-Unis ! Bref, il est bien sûr tentant de prendre toutes ces coïncidences troublantes pour des signes positifs de l’univers mais l’expérience nous a malheureusement appris que cela ne signifie en fait jamais rien. Cela nous apporte de petites joies, un sourire ou de la nostalgie mais l’on s’interdit dorénavant d’aller
au-delà. La désillusion est tellement plus dure à gérer que l’auto-censure.

Je sais déjà que cette attente est plus difficile que les autres. On s’était en quelque sorte « habitué » aux échecs amenuisant ainsi notre espoir à chaque nouvelle tentative. Mais là,
c’est différent. C’est une nouvelle clinique à l’écoute, un nouveau protocole qui fonctionne,
un endomètre réparé et prêt. Il n’y a pas de raisons apparentes que cela ne fonctionne pas….
et pourtant je ne cesse de penser à toutes ces fois où on a été du mauvais côté des statistiques, celles qui sont toujours de 0,1 à 0,01%. Je pense aussi à l’espoir de tous ces gens qui nous ont aidées et qui continuent de le faire pour que notre rêve se réalise et à l’immense déception que ce serait pour eux aussi. Je me force pourtant à anticiper un échec, je sens que je le dois parce que j’ai peur de sombrer sinon, que ce soit la goutte d’eau de trop ou plutôt le coup de poing de trop.
C’est aussi pour tout ça que nous avons décidé d’avancer ce transfert d’embryons sans attendre la fin de la cagnotte. Les micro-incisions effectuées sur l’endomètre lors de l’hystéroscopie accroissant significativement nos chances d’accroche, nous avons préféré battre le fer tant qu’il est chaud et saisir l’opportunité d’augmenter nos chances de réussite puisque on en manque cruellement depuis le début. J’ai donc pris mon courage à deux mains et mis ma dignité de côté pour demander à 46 ans un prêt à mes parents que l’on remboursera avec le montant de la cagnotte une fois terminée puis tous les mois suivants si cela ne suffisait pas. Comme une sorte d’avance de trésorerie qui nous permet de ne pas attendre stérilement tout l’été en nous rongeant les ongles. Pour aussi ne pas avoir de regret et de doute dans trois mois alors que les conditions sont idéales maintenant.
En accord avec la clinique, Honey a donc suivi un protocole médicalisé pour verrouiller toute surprise d’un cycle naturel. Lors de la dernière échographie de contrôle avant notre départ,
son endomètre n’avait jamais été aussi «idéal», confirmant ainsi l’efficacité de ce nouveau protocole que la clinique de Barcelone ne souhaitait même pas envisager ! Qu’il est bon de se faire entendre et d’avoir eu raison, au moins pour ça !!
Nous sommes donc reparties à l’aube vers la capitale grecque où nous attendait la même chaleur caniculaire que la dernière fois. Après un bref passage à notre AirBnb et un freddo cappuccino, nous avions rendez-vous à la clinique en début d’après-midi pour une dernière échographie de l’endomètre et un contrôle du niveau de progestérone. Après que les résultats sont revenus excellents, nous avons souhaité faire le transfert 2 jours après pour respecter l’ouverture de la fenêtre d’implantation (indiquée par le test ERA fait en début d’année) au lieu du lendemain comme le souhaitait la clinique. Encore une fois, ils nous ont écouté et respecté notre choix en ouvrant la clinique uniquement pour nous en un jour normalement non travaillé ! Nous avons donc passé notre journée libre à récupérer de la veille et à essayer de manger le demi-kilo de fêta juste suffisant pour deux salades, selon la vendeuse !!!
Après une longue digestion et sieste, nous sommes allées nous balader en fin d’après-midi du côté de Monastiráki, un quartier animé et touristique de l’autre côté de l’Acropole. La chaleur était toujours accablante et la foule accentuait un peu plus cette sensation d’étouffement.
Nous sommes vite parties dans les rues de traverse retrouver un peu de calme et s’éloigner de la bruyante plèbe. A quelques centaines de mètres de l’agitation frénétique touristique, les rues étaient paisibles, les vignes grimpaient le long des maisons, les lauriers étaient en fleurs et le soleil tapait sur les colonnes blanches du forum romain en ruine à côté des murs de Street Art de ce pays en crise où Ioanna, notre logeuse, attend toujours de pouvoir acheter les premières vaccins pour son bébé de 5 mois qui sont en rupture de stock depuis des mois !
Le lendemain matin, les rues étaient désertes et seuls quelques habitués prenaient leur café aux rares terrasses ouvertes. Il n’y avait que nous à la clinique et après toutes les vérifications d’usage, le transfert s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur. καλη τυχη !!*
C’est avec soulagement que nous avons appris que nous avions trois petits pingouins au congélateur, au cas où. Notre stock d’espoirs.
Nous sommes donc revenues avec deux petits clandestins dans le ventre de Honey.
Commence maintenant l’insoutenable attente qui va monter crescendo de même que le sentiment paradoxal de vouloir savoir le plus vite possible et de ne rien vouloir savoir du tout pour que l’espoir perdure. Je sais que mon cerveau va se déchaîner, que mes nuits seront mes défis et qu’il n’y aura pas de bouton OFF. J’ai peur. Beaucoup, beaucoup plus que d’habitude.

*Bonne chance !!

L’homme n’est rien de lui-même, il n’est qu’une chance infinie.
Albert Camus. Carnets II (janvier 1942 – mars 1951)

Nous espérons toujours pouvoir rembourser le prêt en une seule fois. Si vous pouvez vous permettre de nous aider, ne serait-ce qu’un petit peu, cela sera sincèrement et grandement apprécié et le moindre cent y sera consacré. Pour participer à cette cagnotte, il suffit de cliquer sur ce lien www.lepotcommun.fr/pot/pm8sryv6
Merci du fond du cœur !

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