Douces flâneries à Lisbonne

Nous souhaitions ce voyage doux et paisible, prendre le temps, suivre notre cœur et se faire plaisir avant tout. Sans contraintes. Alors le matin, on émergeait lentement en se prélassant du confort douillet de la chambre et de l’immense lit puis on allait traînasser en terrasse au soleil pour un brunch autour d’un cappuccino et de pastéis de nata, pour sentir la ville, respirer.
Le premier jour, on a flâné au mercado de la Praça da Figueira au milieu des étals de charcuterie et de fromages, humant le fumet de saucisses grillées et les effluves de sangrias diverses et variées en essayant vainement de comprendre cette langue étrange tout en rondeurs et diphtongues. Un peu plus tard, assises sur nos sièges en bois, le tramway 28 s’est élancé à travers les ruelles sinueuses et pentues de l’Alfama, grinçant, tremblotant,
brinquebalant et rasant les murs des maisons lors des virages en épingle à cheveux, une sorte de retour dans un temps que l’on n’aurait même pas connu. Arrivées au Miradouro Santa Luzia, le soleil brillait sur les toits enchevêtrés des maisons colorées, quelques vendeurs à la sauvette proposaient des perches à selfies pour touristes narcissiques et des chauffeurs de tuk-tuk attendaient le client épuisé. Sollicitées à maintes reprises depuis notre arrivée, nous étions un peu distantes quand un jeune vendeur a entamé la discussion mais lorsqu’au bout de quelques instants, il nous a demandé le but de notre voyage, c’est désarmées et les yeux embués que l’on a raconté brièvement notre Petit Soleil. Après quelques vérités de vie et sages pensées optimistes, nous sommes montées vers le Castelo São Jorge, arborant de nouveaux bracelets
de cuir et d’ébène donnés en guise de porte-chance par notre nouvel ami. Ça tombait bien puisqu’apparemment, c’est ce qui nous manque le plus !
Du haut du château, le spectacle était splendide, nous pouvions embrasser presque d’un seul regard les 7 collines de Lisbonne la blanche jusqu’au Tage et son pont du 25 de Abril.
Nous nous sommes longuement promenées à travers les ruines et sentiers en croisant chat, paons et étudiants Erasmus et c’est en sortant du château que nous avons rencontré Ibrahima, vendeur ambulant sénégalais. Honey a passé près d’une heure à discuter avec lui pendant que je reposais mes jambes et genoux fourbus des montées et descentes. Il lui a raconté son pays et son parcours, sa mère et sa famille, lui a lu ses poèmes, elle lui a expliqué notre Petit Soleil
et la difficulté de vivre après, il lui a parlé de liberté, de sourires et d’espoir. Une belle rencontre entre immigrés.
Nous sommes lentement redescendues vers le fleuve, admirant les façades d’immeubles recouvertes d’azulejos, croisant des défilés de Ape 100, triporteurs italiens reconvertis en
tuk-tuk à la Cathédrale de Sé et s’arrêtant en bavant à chaque vitrine de pastelarias. Le soleil
se couchait quand nous sommes arrivées à la Praça do Comércio aux abords du Tage,
les couleurs du ciel commençaient à s’embraser et les silhouettes du pont, d’un voilier et du Cristo Rei se détachant dans ce flamboiement étincelant produisaient un spectacle extraordinaire, un peu irréel. Au même moment, un guitariste de rue entonnait à quelques pas de moi les notes de Fragile de Sting, cette même musique qui avait accompagné notre Petit Soleil à ses jolies funérailles. A cet instant précis, les yeux absorbés par l’éblouissement du paysage et les oreilles captivées par la musique, je ne pouvais empêcher mon cœur de se serrer douloureusement et mes larmes de déborder. Honey était un peu plus loin, près des vagues
et je ne cessais de l’imaginer un petit bout de trois ans à la main, riant aux éclats. Comme je retrouverais son sourire étincelant de bonheur. C’est ce soir-là aussi qu’en vagabondant dans les rues, nous sommes tombées sur une boutique portant son beau prénom.

Le lendemain, jour de son anniversaire, nous avons pris le train jusqu’à Belém pour visiter le Mosteiro Dos Jerónimos. Afin d’éviter les nombreux touristes aimantés par les fameux pastéis de Belém, nous sommes passées par les jardins et rues latérales où nous pouvions profiter
au calme du soleil radieux se reflétant sur les pierres blanches et grises de l’imposant monastère. Par chance, il y avait peu de monde et nous avons pu admirer avec ravissement toute la richesse incroyable du splendide et grandiose cloître à deux étages. Les voûtes,
les colonnes, les arcades et les détails de décoration, c’était superbe, étourdissant, l’impression d’être hors du temps, comme enchantée.
L’ébahissement s’est prolongé quand au détour d’une porte, nous avons découvert une vue plongeante du chœur sur la nef de l’église Santa Maria de Belém accolée au monastère.
Église tout en volumes aux voûtes majestueuses et colonnes imposantes qui me rappelaient la Moria du Seigneur des Anneaux, une ancienne cité naine de la terre du Milieu et je me plaisais
à voir dans les touristes quelques hobbits, elfes et nains aux côtés d’une représentation d’un Jésus Christ très chevelu.
Nous avons ensuite profité du superbe temps ensoleillé pour s’asseoir dans le grand jardin en face du monastère et prendre le temps de savourer la beauté des vieilles pierres, d’humer l’air d’ailleurs et se donner la main. Nous sommes restées longtemps à regarder la grande fontaine qui faisait surgir et s’évanouir un arc-en-ciel à chaque montée et descente de ses flots.
Comme un signe de notre petit garçon, on souriait à travers quelques larmes, nous étions en famille. Lorsque nous avons vu des cars de touristes déverser des dizaines de personnes aux alentours, nous sommes parties nous réfugier au Jardim Botânico Tropical, charmant petit parc à l’écart donnant parfois l’impression d’être presque à l’abandon mais qui sous les couleurs de l’automne et le soleil du soir devenait un refuge calme et chaleureux loin de l’agitation de la rue principale.

On a passé le jour d’après en compagnie d’une amie de Honey qu’elle n’avait pas vue depuis 25 ans et qui vit près de Lisbonne. Nous avions rendez-vous au Parque Eduardo VII que nous avons rejoint depuis le métro en traversant le joli Jardim Amália Rodrigues orné d’une statue de Botero, « Maternidade », comme un écho symbolique à la tristesse du jour, probablement un autre signe. Nous avons rapidement quitté Lisbonne et visité la côte en voiture jusqu’à Estoril
et Cascais où l’on a passé près de deux heures debout sur une falaise à contempler le soleil se coucher sur d’énormes vagues tout en discutant à bâtons rompus. Le paysage était sauvage
et fantastique, l’air iodé vivifiant, les conversations riches et intéressantes, S. adorable et les heures ont défilé à vue d’œil, tout ce qu’il fallait pour adoucir le souvenir de cette terrible journée.
Le soleil s’était voilé le lundi et la grisaille nous a fait flemmarder plus que d’habitude, ce n’est qu’en milieu d’après-midi que nous avons mollement attaqué l’ascension du Barrio Alto.
Nous n’avions pas vraiment de but alors Honey nous a guidé au hasard des rues, découvrant de petits paradis perdus dans le labyrinthe du barrio, un funiculaire d’antan s’agrippant à l’abrupte rua da Bica, la pastelaria Aloma à Largo do Calhariz, petite pâtisserie ordinaire et sans prétention mais qui s’est révélée faire les meilleurs pastéis de nata de tout Lisbonne
(et Bouddha sait si j’en ai goûté!!!), le Miradouro de Santa Catarina où les rastas fument leur herbe, les employés boivent leur bière, les hippies grattent leur guitare, les rappeurs écoutent leur I-Phone et les rares touristes savourent le coucher de soleil sur les toits de Lisbonne et ses dédales. Un sourire aux lèvres.

Le jour de notre départ, nous avions quelques heures devant nous avant d’aller à l’aéroport
et aucun projet précis. Après un long brunch en terrasse sous un soleil revenu, nous avons donc erré une fois de plus au hasard des montagnes russes de ruelles, découvrant un petit village caché de Street Art, de beaux immeubles d’azulejos, des orangers et citronniers dans
les jardins et les graffs des méandres du quartier. Il faisait bon flâner et nous serions bien restées quelques jours de plus, mes genoux se portaient beaucoup mieux sous le temps clément de Lisbonne et nos errances dans la ville nous enchantaient. Je redécouvrais le plaisir et bonheur de voyager avec Honey dans un même état d’esprit et cette sensation si agréable
de l’ailleurs, l’impression d’ouvrir en grand les yeux, de réellement voir et regarder et de laisser le temps filer au hasard des rues, se laisser guider par l’humeur et s’imprégner peu à peu de la ville et de ses charmes. Je sais que notre Petit Soleil était avec nous chaque jour, dans le sourire et les poèmes d’Ibrahima, les notes de guitare sèche et Sting, le nom d’une boutique,
un arc-en-ciel à Belém, une statue de Botero ou un graff de Street Art. Comme une communion avec lui au-delà de son absence, avec Honey, nous-mêmes et l’univers.

Ça fait du bien de respirer enfin l’air d’ailleurs, ça met en perspective nos privilèges, ça permet d’apprécier le goût de la vie, de surmonter l’insurmontable entre larmes et sourires et de s’aimer très fort à travers tout ça.

Lisbonne

N’oublie jamais comme nous nous aimons à Lisbonne

Obrigada à toutes celles qui ont eu une pensée pour notre petit voyageur, muito obrigada à tous ceux qui nous ont permis cette merveilleuse escapade après 4 ans d’attente et especial obrigada à Tata Rosie qui en plus s’est parfaitement occupée de nos petites boules de poils en notre absence ! MERCI, MERCI, MERCI !

Lisbonne

Le doux visage souriant d’un Ape 100

Publicités

2 réflexions au sujet de « Douces flâneries à Lisbonne »

  1. Silly Rose

    C’est bon de voir combien vous avez savouré ce voyage de noces…et ses ponctuations d’étincelles « solaires »…. Merci pour le joli résumé qui nous fait voyager aussi!

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s