Sur le pied de guerre

guerre vietnam

Horst Faas- Vietnam war

C’était un matin de janvier,
la nuit avait été courte et le sommeil si léger. Depuis quelques jours déjà, l’angoisse montait peu à peu.
Cela faisait des mois que nous nous étions abritées dans un bunker inébranlable mais aujourd’hui commençait cette bataille tant redoutée et paradoxalement
si attendue.

La guerre avait commencé il y a maintenant cinq ans par la bataille du Pré Crabe dans le sud de Paris. Avec la résistance alliée et des frappes chirurgicales, nous l’avions remportée en quelques mois. A l’époque, nous ne savions pas encore que cela marquerait le début d’une des plus sales guerres de notre histoire.

Les offensives s’étaient ensuite enchaînées sous une nature capricieuse nous conduisant jusqu’au front de Gent en Belgique où nous avions assiégé la ville quelques mois durant. Nos forces avaient brillamment gagné cette bataille stratégique et nous étions rentrées à Paris avec quelques mercenaires danois dont nous nous vantions avec fierté. Hélas, cette joie ne devait durer bien longtemps car avant la fin de l’année 2012, un immense drame allait changer le cours de nos vies. En effet, il y a exactement 2 ans et 3 mois, le jeune héros de nos espoirs s’éteignait dans nos bras et la perspective d’une nouvelle guerre encore plus sanglante se dessinait dans son dernier souffle. Après quelques mois passés à recouvrer nos forces vitales et à réunir quelque troupe vaillante, nous revenions en Belgique livrer bataille à l’injustice qui régnait alors.
Malgré un semblant de succès, notre escadron essuya une défaite amère et cinglante avec la nouvelle perte d’un jeune héros en devenir, mort en pleine ascension. Notre conseil de guerre se réunit et décida alors de progresser vers l’Espagne où nos chances de victoire semblaient plus accessibles. Malheureusement, en perdant les deux premières batailles espagnoles
nos effectifs et financements se réduisirent à vue d’œil. Anéanties par ces revers successifs, nous décidâmes alors de nous isoler dans ce bunker afin de prendre du recul et d’élaborer
une stratégie plus approfondie quant à la poursuite de cette guerre qui semblait sans fin et pourtant si vitale.

Ce matin de janvier sonnait donc l’heure de ce nouvel affrontement à Paris. Devant nous se dressait l’ennemi retranché dans ce grand bâtiment inhospitalier. En tenue de camouflage et armées de nos pétards à feu, nous passâmes les immenses portes vitrées pour y pénétrer
sans bruit. Le souffle court et sans un regard pour les écrans diffusant en continu les images d’un bonheur perdu, nous longeâmes inaperçues les couloirs et les arcades extérieures pour finalement arriver à notre objectif. Nous avions déjà essuyé quelques tirs de Gros-Ventres quand des éclats de missiles BB nous blessèrent près du cœur. Guidées alors par un résistant rencontré au détour d’un couloir, nous décidâmes de battre retraite pour revenir ultérieurement munies d’artilleries plus lourdes.
La semaine d’après, nous mettions notre plan à exécution et percions les défenses ennemies de coups tranchants comme un scalpel. La première partie de la bataille d’Utérusie était gagnée. Ne restait plus qu’à attendre le rapport de l’assaut à l’artillerie lourde qui avait été lancé au petit matin. Il nous fallait aussi reprendre des forces laissées dans ce premier combat car nous avions déjà ressenti les affaiblissants symptômes du stress post-traumatique qui s’était déclaré suite à la terrible catastrophe de décembre 2012 quand notre héros Soleil s’était éteint après avoir lutté toute la journée contre les bactéries ennemies. Il y eut beaucoup de pleurs et de torpeur lors de cette interminable attente jusqu’à ce qu’un messager vienne nous apporter enfin de bonnes nouvelles de l’état major. Nos frappes chirurgicales avaient quasiment éliminé toute menace et la voie vers Barcelone se trouvait maintenant dégagée pour nos troupes fantassines.

Pendant de longs jours, nous réunîmes nos chefs de guerre afin de préparer la meilleure des tactiques pour enfin en finir avec cette sale guerre. Il y eut moult débats et discussions sur la stratégie à adopter et il fallut beaucoup de sessions afin de se faire entendre. Après des jours de négociation et de palabres, il fut d’abord décidé le blocus total de la région des Ovaries puis de soigneusement prendre le contrôle de la capitale Endométra pour que nos forces spéciales puissent pratiquer leur habilité en toute sécurité. L’accord qui serait ensuite signé avec les autorités compétentes déchues prévoiraient la reddition de tous nos prisonniers politiques retenus depuis plusieurs mois en cryogénisation. Vu l’ampleur des moyens humains et financiers engagés dans cette bataille envisagée, il fut considéré que ce serait certainement un de nos derniers affrontements, mettant ainsi fin de quelle que manière que ce soit à une infâme et triste guerre qui aura duré trop longtemps. Pour l’instant, il s’agissait de se préparer efficacement à cet assaut final en réunissant tous nos moyens nécessaires.
Bien sûr, nous étions anxieuses et tourmentées mais la peur n’évitant pas le danger, il fallait retourner au combat pour tenter de perpétuer les beaux et purs idéaux de notre jeune héros Soleil. Comme un dessein et destin inévitable et vital.

A mon petit soldat anonyme, qui ne peut porter mon nom mais qui porte mon amour à jamais.
Hasta la victoria siempre mi Sol.
Maman, Général d’armée adjoint des forces franco-américaines.

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6 réflexions au sujet de « Sur le pied de guerre »

  1. typhaine

    Je pense souvent à vous et je vous souhaite de tout cœur une victoire après ces longues années de lutte… et surtout, des lendemains paisibles et ensoleillés.

    Répondre
  2. yael

    Vous repartez alors, si je comprends bien 🙂
    Je suis bien entendue de tout cœur avec vous.
    Tes talents d’écrivaines m’ espantent toujours (tient le correcteur d’orthographe ne connait pas le verbe “espanter”).
    J espère que tu te remets bien de l’opération du genou.
    Embrassades bien fort à vous et à Petit Soleil.

    Répondre
    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      On en prend le chemin en tout cas…merci pour les compliments Yael 🙂
      mon genou bionique est encore loin d’être opérationnel mais à force de travail et de patience, je l’aurai! bisous !

      Répondre
  3. Silly Rose

    Je découvre ton post aujourd’hui … mais qu’est -ce que j’ai fichu depuis tout ce temps!…Bon, encore une fois Yael m’ôte un peu les mots de la …main. Trop fort ce texte!! Terrible guerre certes. ..mais ceci mis à part (autant que faire se peut) quel p***** de texte !!! Tu m’étonneras toujours!

    Répondre

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