Confusion & crispation

hr giger

HR Giger

Je n’arrive plus à écrire, même si j’écris mais pas comme je le voudrais. En plus, je n’ai rien d’heureux à dire.

Nous sommes entourées de grossesses et de naissances et j’en ai marre (c’est un euphémisme). J’en ai marre que l’on m’annonce une grossesse ou une naissance chez des gens qui quand on a commencé notre parcours n’avaient aucun désir d’enfant. Cinq ans plus tard, eux ont leur gosse et nous non. Marre d’avoir renseigné toutes ces femmes sur où et comment avoir un enfant et ne toujours pas en avoir un vivant alors qu’elles en sont parfois au deuxième.
Ça ne m’empêche pas d’être vivement et sincèrement heureuse pour certaines d’entre elles mais d’autres me crèvent le cœur et les tripes (c’est encore un euphémisme).
Je sais que cela peut paraître méchant mais je n’y peux rien. Ça fait tellement mal. Parfois aussi c’est juste dégueulasse et terriblement injuste. Je rumine, je fulmine, je suis en colère et ça me paralyse le cerveau. Mes pensées s’entremêlent, mes idées se brouillent, mes mots trébuchent et mes connexions s’évaporent. Pourquoi tous ces gens y arrivent et pas nous ? Pourquoi c’est toujours si facile pour eux ? Pourquoi mon bébé est mort et pas le leur ? Et les Pourquoi se démultiplient…Trop d’informations à traiter, trop d’hypothèses à envisager, trop de douleurs à gérer, trop d’attente à redouter. La barrière de l’aigreur s’est dressée, je m’y heurte sans pouvoir la passer. Trop haute pour l’instant. Je suis amère. Tellement amère.
Et puis il y a eu cette intervention chirurgicale que Honey a subie et dont on attend des résultats qui pourriront (encore plus) notre vie à jamais, ou pas.
Et il y a mon genou, mon meilleur ennemi dont je vais devoir me séparer prochainement pour une belle et rutilante prothèse. Cette année démarrera décidément comme toutes les autres récemment, chaotiquement, sans même une éclaircie. A croire qu’il ne pourra jamais rien nous arriver de bien. Mon cerveau est en surchauffe et dans l’expectative, instable, bancal et douloureux, il ne décante plus, inerte.

Pour l’instant, il s’agit d’occuper cette matière grise en perdition et ne pas la laisser sombrer dans d’obscures profondeurs. Comme toujours, mes mains me sauvent. Alors je peins,
je construis, je dessine, je fais de la mosaïque bref, je mets en forme ce que je ne peux exprimer par les mots en essayant de canaliser cette sourde colère et d’apaiser la laideur de mes jalousies. Je ressens pourtant la même ébullition, des idées me viennent par dizaine alors que j’ai déjà plusieurs projets en cours. Je voudrais suspendre le temps. Je voudrais l’accélérer.
Je sais que je dois prendre le temps, je sens que je dois m’obéir.
Je ne sais pas si ça ira mieux un jour, je ne sais pas pourquoi tout ça nous arrive.

Alors je patiente, j’attends. Et souvent je pleure.

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6 réflexions au sujet de « Confusion & crispation »

  1. typhaine

    J’ai de la peine en te lisant. Ce matin, votre histoire se mêle à celle des autres mamans que je côtoie en ligne et pour qui la souffrance d’avoir perdu un enfant est exacerbée par tellement d’autres épreuves. Je n’ai pas les mots qui auraient le pouvoir d’apaiser la douleur mais sache que je pense à toi, honey et votre petit soleil.

    Répondre

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