Le Prince et les Prophètes

franquin

J’ai toujours lu et aimé lire. Petite, ma mère m’achetait tous les Oui-Oui au marché puis tous les Club des Cinq que je dévorais dans la journée. Adolescente à la découverte de mon homosexualité, je me suis mise à lire tous les Gide, Proust, Wilde, Verlaine, Colette et compagnie pour tenter de trouver un écho à mes sentiments. Mes études littéraires m’ont ensuite fait découvrir d’autres littératures plus lointaines, africaines, maghrébines ou antillaises avant qu’adulte je me tourne vers les auteurs amérindiens et américains. Bref, la bibliothèque municipale et la Fnac étaient ma seconde maison avant que Kindle m’évite de porter 200kgs de livres à chaque déménagement !
Mais ça, c’était avant.
Avant que mes yeux se brouillent de larmes jusqu’à ne plus déchiffrer aucune lettre et avant que mon cerveau vagabonde au gré des mots dans le néant, oubliant instantanément les lignes parcourues. Moi qui pouvais lire les 1280 pages du Seigneur des anneaux de Tolkien en 2 jours, j’ai péniblement mis 6 mois à lire les 667 pages de Middlesex de Jeffrey Eugenides que j’ai pourtant adoré ! Pourtant depuis quelques temps, je sentais peu à peu revenir l’envie de lire et voir Honey se remettre assidûment à la lecture depuis quelques semaines m’a finalement assez motivé pour commencer Le Prince de Machiavel. Curieux choix peut-être en apparence mais pas tant que ça. Quoi de plus intéressant que de comprendre l’humain et ses relations avec le pouvoir ?

Si Machiavel écrit Le Prince en 1513 comme un traité de politique à l’attention de son prince, Lorenzo de Médicis, il trouve cinq siècles plus tard un écho stupéfiant et une interprétation édifiante au regard de la situation géopolitique mondiale actuelle ! Il en dévoile aussi finalement toutes les raisons ayant inévitablement conduit à ce chaos.
Malheureusement aussi, il est des phrases qui répondent de façon saisissante à l’actualité et résonnent encore un peu plus tristement ces jours-ci même si le monde entier clame être Charlie, « Tous les prophètes armés ont triomphé et les prophètes sans armes succombèrent. »*

Il est aussi d’autant plus surprenant que l’on peut transposer les théories de Machiavel à toute relation humaine (amoureuse, sociale, professionnelle …), Le Prince devient alors un petit manuel de manipulation et pouvoir appliqués à la nature humaine.
Pour ceux qui comme moi, n’avaient pas le concept du machiavélisme dans leur cerveau,
le livre est une « bible », une mine d’informations instructives afin de déchiffrer et comprendre les mécanismes de la manipulation. Cela m’aurait évité bien des déboires de l’avoir lu avant de croiser il y a quelques années, le chemin d’une de ces psychopathes. Quitte à vivre dans un monde entouré d’ennemis, autant apprendre à les connaître parfaitement pour s’en prémunir quand il le faudra.

Au final, si ce livre est un éclaircissement instructif des imbroglios actuels de la politique internationale et de la nature humaine, il est surtout une pénible confirmation de ce que j’ai toujours malheureusement pressenti, « Un homme qui veut être parfaitement honnête au milieu de gens malhonnêtes ne peut manquer de périr tôt ou tard« ** mais comme le disait Charb en écho à Zapata et Dolores Ibàrruri, « Je préfère mourir debout que de vivre comme un rat« .
Si j’étais Charlie, je serais morte.

*Machiavel, Le Prince, Chap VI
**Machiavel, Le Prince, Chap XV

 

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