L’invisible à nu

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Après avoir été maman une première fois si brièvement, je sais que je ne pourrais probablement pas vivre pleinement heureuse sans enfant, vivant. Tout cet amour explosif et infini mais inexprimé et frustré finirait par me pourrir de l’intérieur.
En cette amère fête des mères, je me sens maman, je me sais maman même si rien ni plus personne au dehors ne l’expose, ne le dévoile.
Quand parfois lors de rendez-vous médicaux, on me demande si j’ai des enfants, mon cœur se serre et se déchire comme jamais en m’entendant répondre non.
Comment leur expliquer que Oui ! Oui ! Oui ! j’ai un enfant mais il est mort. Je ne peux pas vous le montrer, il n’est plus là. Non, ce n’était pas mon enfant biologique mais putain que c’était mon gosse! Non, il ne sort pas de mon ventre, il sort de mes tripes ! Alors pour vous, non je n’ai pas d’enfant mais moi, je le pleure chaque putain de jour, mon petit garçon.
Comment avoir l’énergie de leur dire tout ça ? Je sais que cette « explication » finirait invariablement en sanglots et ils me prendraient certainement pour une « folle ».
Être en marge de cette société n’est-elle déjà pas de toutes façons une folie ?

Alors, je suis l’invisible maman, celle qui n’existe pas mais qui prend toute la place dans ma vie. Je sens au plus profond de mon ventre cet amour maternel qui s’est libéré irraisonné il y a plus d’un an. Je le ressens tellement cet amour animal d’une femelle pour son petit, cet instinct qui pourrait amener à tuer, à estropier, à devenir folle. En perdant mon bébé, ce flot d’amour ne s’est pas canalisé, non, il est parti en vrilles, comme ma vie. Il s’est révélé dans des endroits secrets, infiltré dans des espaces cachés jusqu’à coloniser chaque cellule de mon sang, chaque synapse de mon cerveau, chaque pore de ma peau. Que ce deuil me fait davantage réfléchir encore sur mon rôle de mère !
Alors oui, à l’instant de sa naissance je suis devenue maman aux yeux des autres mais quelques heures après, je n’étais plus qu’une mère sans enfant, orpheline de ce bébé que personne n’avait vu. Maman invisible d’un enfant invisible, j’aurais dû le voir venir, hein ?

L’amour révélé par mon fils, lui est bien là. Il n’est peut-être pas ostensible mais il est bien palpable et vivant, retranché derrière ses barricades. Tapi dans l’ombre de mes rêves, il frémit d’espoir en attendant une possible libération conditionnelle.
Osé-je croire à cette explosion programmée, à ce tsunami d’amour si longtemps réprimé qu’il faudra diriger pour ne pas se laisser emporter, submerger, engloutir ?
Mais j’ai changé. Ma pensée a changé, je ne suis plus la seule à prendre en compte désormais, j’ai un enfant. J’ai eu un enfant. Cette nouvelle donnée ajoutée à ma personnalité a bien sûr modifié ma perception du Monde et de l’Autre, le deuil s’est chargé de la parfaire.
Je pense à lui avant moi, lui qui est parti et lui qui n’est pas même conçu. Ce douloureux vide entre les deux continue de se meubler de nouvelles réflexions, d’améliorations et d’ajustements pour que mon petit soleil soit fier, souriant et serein et que ma petite étoile puisse venir sans crainte.
Sans aucun doute maintenant, je me sens et me sais maman dans mon cœur, mes tripes et aussi dans mon cerveau. C’est bon, je suis prête.
On peut m’autoriser le bonheur maintenant ?

 

Bonne fête Mama Honey ! ❤

 

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8 réflexions au sujet de « L’invisible à nu »

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