L’échappée belle

Il y a un peu plus d’un an, en revenant au travail après le départ de mon petit soleil, un collègue m’avait gentiment offert une box pour passer une nuit dans une demeure ou un château quelque part en France. Une invitation à prendre l’air, à s’échapper un jour de ciel bas et lourd. Nous nous sommes donc évadées il y a quelques temps à Bagnoles de l’Orne. La réservation faite quelques mois avant est tombée à pic en ces jours froids, moroses et sans fin. Il faisait beau et chaud quand nous sommes arrivées dans cette station thermale normande un brin surannée avec son casino et ses thermes. Une ville un peu hors du temps mais de La Belle Époque des résidences de la bourgeoisie française du début du XXe siècle. Cette élégance architecturale donne à la ville ce côté vaguement vieillot mais chic d’autrefois, comme suspendu dans le temps. Il y avait des pédalos au milieu des cygnes sur le lac, de grandes bâtisses imposantes et colorées des années 1900 et beaucoup de gens endimanchés parcouraient les trottoirs étroits en léchant les vitrines des chocolatiers et autres confiseurs. Des enfants jouaient et criaient dans le parc pendant que d’autres plongeaient leur tête dans les filaments d’une barbapapa plus grosse qu’eux ou nourrissaient canards et cygnes de bouts de crêpes au nutella. Tout à coup, une fanfare en costume médiéval et sortie de nulle part a entonné un tube des Queen à travers les allées du parc, c’est là qu’on s’est dit What The Fuck ?!
Le soir en passant par le casino, alors que nous nous étions attardées sur l’observation minutieuse de fleurs de myosotis rose, nous nous sommes soudainement retrouvées encerclées de seniors en costume-cravate et robes de soirée. Des cliquetis de colliers dorés et de boucles d’oreilles colorées couvraient les chants de début de soirée des petits oiseaux et une vague de parfums poudrés, fleuris et entêtants a submergé la frêle fragrance de nos fleurs printanières. J’avais l’impression d’avoir changé d’époque en un clin d’œil ou d’être devenue subitement un animal de zoo, au choix.
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, ces mêmes personnes toujours élégantes mais moins fardées racontaient avec moult détails à la patronne de l’hôtel leur fantâââââstique soirée au casino et ce concert fâââââbuleux donné par une star du coin et son mari. Brève incursion matinale dans le monde des riches, moi qui avais une box pour payer l’hôtel.
L’agitation dominicale passée, nous avons erré lentement dans la forêt d’Andaine en nous gavant les sens de cette nature qui nous ressource tant. Comme si sa beauté lénifiante apaisait nos cœurs meurtris de tant de laideur en réjouissant mes yeux, dissipant mes noires pensées et me rendant d’humeur enjouée. Je passe beaucoup de temps, immobile et courbée, à observer toute cette végétation vivante et luxuriante, de la cime des cèdres aux marguerites dans l’herbe en passant par l’activité incessante des insectes rampants et volants. Heureusement que Honey est pareille car il n’est pas rare de nous voir chacune dans un endroit, penchée sur un petit caillou singulier ou la tête en l’air suivant un rouge-gorge des yeux.
Nos balades sont très lentes, on s’arrête souvent en s’émerveillant de tout ce petit monde animé et pourtant invisible. De nature contemplative, je peux aussi rester des heures à observer et toucher les arbres. Petite, j’y passais ma vie pendant les vacances d’été avec mes cousins, allongée au soleil sur une branche, les jambes pendantes et une Chupa Chups au bec. A l’époque je n’avais pas encore le vertige sur une chaise! Plus tard, en visitant le Sequoia National Park aux Etats-Unis, j’ai été frappée par la majesté de ces arbres géants, infinis et éternels. Comme si ces milliers d’années d’existence, témoins silencieux de notre histoire humaine, avaient façonné leur sagesse comme leur tronc. J’aime qu’ils nous toisent silencieusement de leur force et caractère comme les magnifiques Ents de Lord of the Rings.
Je me sens calme au milieu de la nature, reposée et aimante. Je retrouve ma femme belle comme le printemps et le silence bucolique me fait maintenant entendre ces battements de cœur amoureux assourdis par les fracas du quotidien. Je prends le temps de savourer la force et la sérénité de notre amour pourtant malmené. Quand d’autres auraient tout pour être heureux et se déchirent, je réalise cette chance inédite d’être plus que jamais main dans la main avec Honey pour mener ce combat incessant et douloureux.
Cette invitation à respirer ne pouvait donc tomber à un meilleur moment.
J’en ressentais le besoin autant que Honey pour recharger nos batteries à plat, regonfler un moral au ras des pâquerettes et oxygéner nos cerveaux pollués autant que nos poumons.
J’avais déjà été très touchée à l’époque par la sensibilité et la délicatesse de ce collègue gentil et discret, aujourd’hui je lui suis d’autant plus reconnaissante que cette escapade nous aura permis de souffler et de nous ressourcer un tant soit peu.
Ce n’est pourtant pas comme si tout avait disparu magiquement mais c’est un pied à l’étrier, un encouragement à continuer encore et encore pour qu’un dimanche de printemps, notre enfant puisse aussi s’allonger dans l’herbe avec nous en contemplant les arbres et leur magie.

Merci du fond du cœur,F.

 

Publicités

2 réflexions au sujet de « L’échappée belle »

  1. yael

    je suis très heureuse que vous ayez vécu ce moment de bien être !
    Qu’il reste au chaud dans vos cœur pour vous réchauffer en cas de mauvais temps.

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s