Gagne-pain et casse-noisettes

bureau decore

Ma bulle d’air au travail

Cela fait plus de 2 mois que j’ai repris le travail à temps plein, après 3 mois d’arrêt complet suivis de 10 mois à mi-temps thérapeutique. C’est dur. Très dur.
Physiquement, je suis épuisée au bout de la semaine. Je n’arrive toujours pas à faire mes nuits. Des bribes de sommeil par-ci, par-là. Je pourrais parfois même me passer de réveil.
Un somnifère me laisserait léthargique et amorphe toute la matinée. Déjà testé et non approuvé. Donc bon, je me suis résignée.
Émotionnellement aussi c’est éprouvant.
Voir des personnes se mettre en mi-temps thérapeutique juste pour éviter de bosser alors que ce dispositif est fait pour des personnes qui en ont réellement besoin me met dans une rage que je peine à contrôler. C’est innommable, dégueulasse, ignoble, honteux, immonde, irrespectueux et il m’arrive de leur souhaiter vraiment un drame dans leur vie de parasite professionnel. Être persuadée que c’est mon mi-temps thérapeutique et donc ma douleur qui les a inspirée n’arrange rien à ma fureur. Oui ben fallait que ça sorte !
Beaucoup de collègues sont endeuillés en ce début d’année, des frères, mères, grand-mères qui sont partis, parfois sans prévenir. Certains sont proches alors je vais leur parler, je vois leur regard, leurs larmes, j’entends leurs mots, leur douleur.
Ma sœur de chagrin est revenue aussi. Je la découvre chaque jour plus extraordinaire que la veille, d’un cœur et d’une énergie incroyables qui forcent réellement mon admiration.
On se comprend tellement, d’un seul regard parfois. Moi qui suis loin d’être tactile,
j’ai toujours envie de la serrer dans mes bras ou de lui prendre la main. Les tragédies permettent parfois de rencontrer et de découvrir de purs trésors.
Et puis il y a ma Fifi Brindacier, mon roc, mon amarre, mon diamant, mon oasis du Sahara.
Sacrée rencontre aussi ! Elle est entrée dans ma vie d’un coup, sans crier gare! Comme un génie sorti de sa lampe. Comme une évidence.
Entre-temps elle est devenue une des tatas chéries de mon petit soleil. Elle est tant de choses et d’émotions pour moi qu’elle ne peut se traduire en mots, même des milliers.
Elle est tout simplement une des plus belles personnes au monde alors imaginez ma chance !
Il y a enfin mon petit cercle de joyaux, la bande avec qui je traîne, des rebelles, artistes, sages, zouaves, contestataires, désobéissants…des moutons noirs blacklistés justement et fiers de l’être mais avec un cœur énorme et un esprit des plus touchants.
C’est grâce à eux tous que je tiens au bureau, grâce à leur bonne humeur quotidienne, leur humour dévastateur, leur chaleur et générosité. Je ne sais pas s’ils s’en rendent vraiment compte mais je les aime, mes petits sauveurs du quotidien. Du plus profond de mon cœur.
Côté hiérarchie, je n’ai jamais eu de problèmes pour mes absences belges et maintenant espagnoles de dernière minute ou mes sorties précipitées pour aller fumer une clope ou pleurer, ma chef est un ange de compréhension et de gentillesse avec laquelle toute conversation est agréable et intéressante. Une exception. Un privilège. Un luxe.
Je ne lui ai jamais rien caché de ma vie ou de ma douleur, comment le pourrais-je de toutes façons ? Ses retours n’ont toujours été que délicatesse, prévenance et attention.
Mon autre chef quant à lui m’avait tout simplement prévenu quand je suis revenue à mi-temps que pour les trucs de filles, je devrai m’adresser à sa collègue. J’ai fini par comprendre, incrédule, que les trucs de filles, c’est mon deuil, mes larmes, ma douleur, mon petit garçon.
Il a remis ça lors de mon récent entretien annuel lorsque j’ai voulu ajouter l’explication de mes arrêts à mon dossier, t’as vu, je n’en ai pas parlé parce que pour moi c’est vraiment pas important. La « maladresse » certaine de ses propos a poignardé mon cœur de maman et sa phrase résonne encore dans ma tête.
Oui, j’ai bien vu, « merci ». Et après il me reproche de lui parler parfois sèchement….
Sauf que pour moi C’EST évidemment l’essentiel et ses mots sont comme une gifle à mes larmes.
Toutes les mamans (et certains papas) parlent de leurs enfants, ce sont des conversations courantes, sauf que certaines n’en parlent toujours que pour s’en plaindre. D’autres aimeraient s’en débarrasser quelques jours, quelques semaines, même si c’est souvent dit sur le ton de la « rigolade ».
Alors avec tout ça, certains jours restent plus difficiles que d’autres.
Certains moments deviennent subitement insupportables au point de vouloir disparaître à la seconde, m’enfuir en courant et hurler toute cette douleur transperçante mais au bout du compte, ma petite troupe de saltimbanques bienveillants arrive à me ramener à terre et à me tenir la tête hors de l’eau, tous ensemble, comme une petite famille que l’on est devenue. On s’est créé notre bulle d’air, notre petit monde à part où je me sens chez moi, protégée, aimée et tellement consciente d’avoir une chance inouïe, d’autant que tous ont le même rêve pour moi. Mon bureau redécoré est de la même façon mon refuge, ma douce et chaude caverne où je me sens à l’abri.

Tout le reste de ma compagnie n’est que le repère des vices de cette société corrompue avec son cortège de tire-au-flancs, maquerelles, profiteurs, magouilleurs, petits chefs, couteaux dans le dos, dictateurs, mauvaise foi, psychopathes, pervers, abrutis…mais voilà, je ne passe que rarement les frontières de mon petit monde sécurisé. Et lorsque j’en sors, j’essaie toujours de me protéger et reste en alerte. Réflexe de survie.
Il ne me reste plus qu’à pouvoir dormir…une nuit.

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