Une étincelle

Un ciel bleu immaculé, des taxis noirs et jaunes, le café con leche, des perruches vertes, les senyeras jaunes et rouges aux balcons, les étals de fruits et légumes oranges, rouges, verts, jaunes et le xocolata amb xurros, Barcelone aux mille couleurs en un coup d’œil, en un carrefour, en une place.
A peine le pied posé sur cette terre promise catalane, l’air, l’ambiance, les gens, tout est différent et souriant. Cette foule grise et agressive de Paris se mue en une foule barcelonaise de visages ouverts, de sourires et de lenteurs bienheureuses. Tout est toujours plus supportable au soleil semblerait-il.
Barcelone a cette force d’attraction que je ne saurais vraiment expliquer. Comme s’il y avait autre chose que le climat, Honey, les gens ou même le foot qui me liait à cette ville. Un lien plus profond, quasi viscéral parfois. Comme Honey change de visage au contact de l’air catalan, je change aussi de peau. Je me sens revivre, réapparaître, régénérer, éclore.
Je me débarrasse de cette carapace triste et noire, épaisse et solide et je respire. Enfin.
Je me sens illuminée. Quelles qu’en soient les interprétations!
Là-bas, je me sens chez moi, chez nous et rencontrer notre future petite étoile ici serait certainement la plus belle des évidences. C’est déjà notre plus bel espoir.


C’est donc regonflées à bloc par le directeur de la clinique et l’assistante, aussi adorables que les belges mais la chaleur et l’extraversion espagnoles en plus, que nous avons commencé notre longue marche à travers la cuidad maravilla.
Le sourire aux lèvres, le cœur léger et gonflé d’espoir ainsi que de bonnes chaussures aux pieds, rien ne pouvait plus nous arrêter…sauf la faim et la fatigue après 4h de marche que nous n’avions pas vues passer !
Nous avions décidé de ne prendre aucun transport et de nous laisser guider par le soleil à travers ces petites rues serpentées de ce quartier éloigné du centre pour rejoindre ensuite ces longues avenues bordées de palmiers aux perroquets. C’est comme ça que cette ville est merveilleuse et magique, quand on s’y perd sciemment. Chaque coin de rue, chaque immeuble est singulier d’une façon ou d’une autre. Comme à Gent sauf qu’à Barcelone, tout est bien sûr plus grand, plus haut, plus large et plus fou encore. Nous avons croisé des moutons qui miaulaient, des orangers en pleine ville, des salamandres géantes sur les murs, des immeubles allégoriques, une foire du cannabis et toujours cette bonne et douce folie créatrice disséminée çà et là, comme autant d’appels à la curiosité intellectuelle, à l’ouverture d’esprit et à la bonté.

C’est harassées et affamées que nous nous sommes posées et reposées autour d’une boisson en clin d’œil à notre visite (si seulement…) et d’un plato combinado, mon péché mignon favori (avec les churros, les tapas, le chocolat chaud…) toujours aussi rafraîchissant et délicieux.
1h30 de marche plus tard, nous étions arrivées à la Plaça Catalunya non sans avoir dégusté les fameux cocktails de fruits frais du Mercat de la Boqueria. L’Aerobús a donc emmené deux loques à l’aéroport, les pieds enflés et les jambes cassées mais le cœur rempli de joie et les yeux de merveilles. Mon petit soleil toujours à l’esprit et dans ces quelques larmes du crépuscule.
Je suis restée avachie sur mon siège tout le vol du retour et la levée du corps à l’atterrissage a été misérable. Conduire ensuite la voiture avec deux patates à la place de pieds s’est avéré un pur défi et la nuit fut discontinue malgré l’épuisement et les massages bienveillants de Honey. Le lendemain matin, j’avais l’impression d’avoir 80 ans et de découvrir des muscles (et donc des courbatures!) dont je ne soupçonnais pas l’existence chez moi. Mais j’étais BIEN. Je me sentais BIEN, bien mieux que depuis tous ces mornes et longs mois. Incroyable.

C’était aussi la première fois que je prenais l’avion pour faire l’aller-retour dans la journée et je dois avouer que le lendemain au boulot, je me sentais en total décalage avec la situation ! J’avais l’impression d’être partie plusieurs jours alors que pour mes collègues, il ne s’était rien déroulé de plus qu’une journée banale et quotidienne. Je suis restée sur cette impression bizarre d’épuisement euphorique décalé toute la journée jusqu’au soir où je me suis finalement écroulée, béate.
Un peu de sol, de colors et d’amabilitat, si peu pour se sentir infiniment bien et pour que l’espoir renaisse beaucoup. Pour qu’un jour, toutes ces larmes, tous ces efforts, toutes ces douleurs n’aient pas servi à rien, qu’au vide de nos rêves.
Pour qu’un jour, le soleil brille toute la vie et pas qu’un seul jour. Et pas qu’à Barcelone.

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10 réflexions au sujet de « Une étincelle »

  1. Tantale

    Malgré le manque de toi ,j’étais heureuse pour vous je savais que cette journée serait une embellie dans votre vie , ce soleil catalan allait réchauffer vos cœurs .

    Répondre
  2. ILGC

    « Pour qu’un jour le soleil brille toute la vie et pas qu’un seul jour. »
    Je vous le souhaite à toutes les deux.
    Si seulement…
    Tes mots me touchent.
    Je lis beaucoup d’espoir dans ce billet et ça fait du bien.

    Répondre
  3. yael

    Barcelone…on a eu la chance d’habiter 10 mois là bas…
    Le parc de la Ciutadella, la casa Battllo, oui les perruches vertes échappées du Zoo, le Cortado (pas toujours buvable), le lomo con queso, el bario gotico, le si beau palau de la musica avec ces chevaux qui sortent furieux des murs et ces fleurs partout…
    El raval, pas le quartier le plus riche, mais ou on se sentait si bien avec ses petits bars, ses rues étroites et sa vie de rue…
    Et je me demande si on parle des mêmes orangers ?
    Dans le raval, dans une place « fermée » avec le joli bâtiment des beaux arts et celui d’une bibliothèque et un café ?

    Merci de m’y avoir renvoyée avec tes mots…

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    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Ah oui, les locutorios, les conversations d’une terrasse à l’autre…et puis on n’est jamais très loin d’un oranger là-bas, les nôtres étaient du côté de l’Eixample…
      😀

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  4. yael

    Les patates douces sur les braises, vendu comme les marrons dans les rue l’ hivers, la ville qui se jette dans la mer au bout des Ramblas, la cerveza-toujours-plus fraiche-là bas, los canelones, las patates braves, les personnages en feu de la San Joan, le Catalan maladroit dans ma bouche qu’il me plait d’écouter . Si proche de l’Occitan de chez moi et différent aussi. Franco et la dictature encore proche dans les mémoires. Pas le droit alors de parler Catalan, les prénoms castillanisés et aujourd’hui, une culture anti-faschiste bien présente et des squats de ci de là, des squats « ouverts » à tous, des « centros sociales » …

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  5. yael

    Des connaissances de ma ville qui ont eu leurs jumeaux à Barcelone viennent de gagner l’adoption .
    J’ai pensé à vous …
    Que ce soit un signe de ce/ces enfants qui prendront racines dans vos vies là bas.

    Répondre

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