On ne voit bien qu’avec le cœur ou Comment parler aux parents désenfantés

le petit prince

Le petit prince et le renard

Je suis bien consciente que les autres ont du mal à me parler, à nous aborder, nous les parents endeuillés.
Consciente aussi qu’il n’y a pas grand-chose à dire de toutes façons. Aucune parole, aucun mot ne saurait apaiser cette douleur, jamais. Ce n’est pourtant pas une excuse pour ne rien dire, la conspiration du silence blesse, la conspiration du silence tue, une seconde fois.

Certaines personnes ont le don de toujours trouver les mots justes, de se rendre disponibles toujours au bon moment et pour d’autres, c’est plus compliqué pour des tas de raisons.
Si un jour, vous aviez à croiser ces parents dont la vie entière vient seulement de s’écrouler, j’espère que ce blog, ce post vous aidera à les aider, eux.
Voilà mon humble expérience, ce que j’aurais aimé entendre, ce que j’aurais aimé lire mais aussi ce qui m’a été dit, fait ou écrit et qui m’a toujours sincèrement touché.

Bien sûr que tout ce que vous direz sera futile et vain mais un simple je suis tellement désolée de ce qui t’est arrivé ou je n’ai pas de mots mais je pense à vous ou votre enfant est tellement beau, je pense très fort à lui sera plus apprécié que le silence de sa mort.
Il m’arrive parfois de relire toutes les cartes et les petits mots que nous avions reçues alors. Les absences significatives se remarquent toujours et blessent toujours autant.
Et puis si le téléphone vous effraie, un email, un texto, une e-carte ou un petit cœur dessiné sur un post-it représentera peu d’efforts pour vous mais un grand réconfort pour moi.
Dans le cadre du travail, un simple sourire, une bise un peu plus appuyée, une caresse sur l’épaule accompagnée d’un je suis vraiment contente de te revoir ou si vous êtes courageux(!) je suis si désolée pour toi, comment tu vas ? est-ce vraiment insurmontable ?
Voir des collègues me fuir comme la peste et dorénavant m’ignorer en baissant les yeux est une nouvelle épreuve si injuste et décevante. Certes, ça fait le tri, s’il n’était pas déjà fait, mais ça n’en reste pas moins cruel. Je pue la mort c’est ça ? Des fois que je sois contagieuse.

Pourquoi évitez-vous de parler de mon fils ? Vous pensez qu’en parler me rendra triste et déprimée mais ignorer son existence le tue pour moi une seconde fois chaque jour. Ce n’est pas vous qui me ferez pleurer mais la douleur de son absence. Je n’aurai plus l’occasion d’entendre son doux prénom quotidiennement, de me vanter de ses progrès ou de montrer sa première photo de classe alors en parler ranime un tant soit peu mon cœur meurtri.
De simples mots comme aujourd’hui je pense à ton petit soleil ne me fera pas pleurer. Il me fera sourire, me rendra même heureuse parce que mon enfant existera, mon fils ne sera pas oublié, il vivra l’espace d’un moment dans votre vie comme il vit dans la mienne. Vous me verrez aussi comme sa maman et donnerez alors un sens à ma vie. Oui, juste par ces simples mots.
Nos enfants ont existé même s’ils n’ont pas ou peu vécu. Ne pas en parler est nier cette existence, cette vie que nous avons portée, ces parents que nous sommes devenus. Mon petit garçon n’est pas un tabou, il a un prénom, des parents, une histoire, ne m’enlevez pas ça aussi en l’oubliant.

Si vous n’avez pas vécu ce drame, vous ne pourrez jamais comprendre, ce n’est la faute de personne, c’est comme ça. Cela rajoute certainement de la frustration à votre impuissance mais peut-être pouvez-vous vous rendre utile -selon le degré d’amitié, d’intimité- en prenant en charge à notre place des démarches administratives douloureuses ou bien nous faire quelques courses, passer un soir cuisiner, nous étendre une lessive ou vous cotiser pour des livraisons de repas ou des séances de massage bref il y a tout un tas de choses qui peuvent soulager et alléger un tant soit peu ce fardeau déjà trop lourd à porter.
Soyez patients avec moi, soyez indulgents en même temps que certainement tenaces.
Mes réponses à vos emails, à vos textos, à vos attentions peuvent être longues ou même avoir été oubliées dans les trous de ma mémoire devenue gruyère, ne pensez pas qu’ils m’aient blessés, au contraire, seulement tout me prend le triple de temps qu’avant ou disparaît dans mon triangle cérébral des Bermudes. Peut-être aussi que ce jour-là sera un mauvais jour d’une mauvaise période, cela n’aura rien à voir avec vous.
Malheureusement mon deuil et mon chagrin durera toute ma vie, dans 30 ans je sais que je passerai certains mauvais jours à pleurer mon fils comme je le fais aujourd’hui. Alors parfois un encouragement ou un compliment réconforte une estime de soi anéantie, je suis content pour toi que tu aies repris telle bonne habitude ou que tu aies fait ceci ou même bravo d’être restées ensemble et d’avoir pris soin l’une de l’autre. Cela aura peut-être l’air de rien pour vous mais pour moi, pour nous, ce sera énorme.
Et puis si vous m’avez connue avant, ne vous attendez pas à ce que cette personne revienne. Elle est morte en même temps que mon enfant. Vous la regrettez certainement mais jamais plus que moi. Votre vie a repris un cours normal depuis, la mienne s’est arrêtée pour devenir quelque chose de complètement nouveau que j’ai peine à maîtriser moi-même.
Pardonnez-nous aussi de vous éviter quand votre bébé est né en pleine santé et grandit à vos côtés, ce serait un poignard en plein cœur à chaque regard. Ce n’est pas de votre faute, ce n’est pas vous ni votre bébé, cela nous est juste insupportable et nous le regrettons chaque jour encore plus que vous, croyez-moi.
Si votre ventre grossit chaque jour un peu plus, nous sommes sincèrement désolées de ne pas nous joindre à l’allégresse générale. D’une part, nous savons maintenant que tout peut arriver et que ce que nous considérions naïvement comme acquis peut disparaître à tout instant et ce n’est pas ce qu’une femme enceinte a besoin de ressentir. D’autre part, cela nous ramène à notre berceau vide, notre voiture vide, notre ventre vide, notre vie vide. Même si nous sommes réellement heureuses pour vous, il s’agit d’accepter et de gérer que rien n’avance pour nous et que tout soit tellement plus compliqué, plus dur, plus long, plus cher, plus injuste.
Enfin, de petites surprises comme une photo de son prénom dans le sable, un mms d’une bougie allumée pour lui ou tout simplement, je pense à vous trois, me toucheront toujours énormément.
De la même façon, vos attentions à son anniversaire (en revanche, ne commencez pas si vous vous arrêtez au premier) m’apporteront toujours un peu plus de chaleur en ces jours si glacials, un peu plus de soleil à ces jours sombres.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, écoutez-moi, même si vous ne dites rien, c’est un luxe pour moi de pouvoir raconter, dire, expliquer, en parler. Vous pourriez même être surpris d’apprendre des choses.
Dans tous les cas, s’il vous plaît, ne faites vraiment rien si vous ne le faites que pour vous, ne perdez pas votre précieux temps et ne me faites pas gaspiller le peu d’énergie que je pourrais avoir. Accordez-moi au moins ce respect-là. Je ne demande pas la lune, juste un peu de compassion et de compréhension et si j’osais, d’Amour.
Dans un monde parfait, ce ne serait QUE ce qu’un humain normal ferait pour un autre humain en détresse. Dans ce monde-ci, on n’a pas le temps pour l’empathie, pas rentable, pas trend alors on appelle ça la pudeur de la douleur.

Au final, le plus simple des conseils à vous donner serait d’essayer d’être à ma place, à notre place. Une fois. Ne serait-ce qu’une longue minute chronométrée.
Qu’aimeriez-vous entendre ? Comment souhaiteriez-vous que l’on vous traite ? Comment aimeriez-vous que l’on parle de votre enfant ?
Malheureusement, on ne sait jamais non plus ce que la vie nous réserve, tout n’arrive pas toujours qu’aux autres et si un jour, vous aviez à éprouver cette douleur, je serai là et je comprendrai, même si vous m’aviez alors fui.
Si vous me connaissiez réellement, en me voyant pardonner à ceux qui auraient chié dans mes bottes, vous devineriez alors ce que ça doit être de perdre un enfant.

Merci à vous qui me lisez, qui m’écrivez et vous qui m’écoutez au quotidien ou presque et aussi vous qui êtes toujours là.
Merci à mes sœurs de chagrin, toutes exceptionnelles.

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12 réflexions au sujet de « On ne voit bien qu’avec le cœur ou Comment parler aux parents désenfantés »

  1. FIFi brindacier

    Lorsque je parle de toi ,je parle de vous de Honey et de votre petit soleil car vous êtes une famille ,une famille unie à travers le temps vous êtes intemporels.

    Répondre
  2. PANAMBI

    Je suis de celle dont le ventre a grossi, je suis de celle dont le deuxième enfant vient de naître. Mais voilà il y a eu un avant votre petit soleil et un après.
    Il y a eu la grossesse et la naissance d notre aînée, comme un fait acqui, comme une logique de vie imparable.
    Et il y a eu notre deuxième grossesse notre deuxième naissance ou sans cesse votre petit soleil était a notre esprit.
    Pas comme une menace planante mais comme une pensée émue a l idée de perdre un enfant, a l idée de vivre votre cauchemar, a la pensée de la chance que nous avons. Tous les jours je vois un peu de votre petit soleil en mes enfants. Je ne vs connais pas et pourtant je pense pouvoir dire que vs faites tous les trois partis de nos vies. Je n espère qu une chose que vs puissiez avoir un petit frère ou sœur, qui puisse sans remplacer votre petit soleil vous donner l envie de vivre.

    Répondre
  3. yael

    Alors je me lance…
    On ne se connait qu’à travers le web moi qui suit si peu »ordi ».
    Et pourtant quand je te lis, c’est simple,
    je n’ai qu’une envie celle de te serrer fort fort dans mes bras très très longtemps.
    J’imagine que beaucoup de choses qui ne l’étaient pas sont devenus difficiles à faire .
    Alors merci pour cette effort (encore) que tu a fait en nous écrivant comment être là..

    J’ai bien l’impression que votre petit soleil a des sacrées mamans, belles et généreuses.

    Répondre
  4. Aslé

    Je voulais juste te dire un petit mot, je ne sais pas ce qu’est perdre un enfant, mais ma grand-mère nous parlait toujours de lui, de Jean-Noël, de sa si courte histoire et qu’en arrivant à l’hôpital, alors qu’elle l’avait serré dans ses bras durant tout le trajet, on lui a dit qu’il était déjà mort en partant.
    Et elle pleurait, et elle pleurait encore plus à chaque anniversaire aussi, et moi à chaque fois je pensais que c’était le seul de ses enfants qu’elle aimait vraiment, tellement…tellement il était présent, bien plus présent que ses autres enfants, alors ces jours-là je détestais encore plus ma grand-mère.
    Je ne sais plus si j’ai regardé la seule photo de lui bébé quand il était mort, enfin peut-être. Après dans ma tête il a grandi, il était blond, il ne ressemblait pas à mes oncles, ni à ma grand-mère, c’était Jean-Noël.
    Ma grand-mère est morte depuis longtemps, et ma mère depuis bien plus longtemps encore, mais les petits soleils ne meurent jamais. Je voulais juste te dire ça. Ta vie va continuer mais tu n’oublieras jamais ton petit soleil, et ceux qui t’aiment ne l’oublieront pas non plus, même ceux qui ne t’aiment pas d’ailleurs, parce que toi tu l’aimes ton petit soleil d’un amour plus fort que tout.

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    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      Aaah Aslé, tes mots m’ont rempli d’émotions en tout genre comme toutes les ramifications bonnes et moins bonnes de ces drames. Tu as parfaitement raison, les amours d’une vie restent toujours avec nous comme les fantômes du bonheur pour le meilleur comme le pire. Merci beaucoup.

      Répondre
  5. les Clunch

     » J »aime  » vous lire , j’aime quand vous parler de votre petit soleil ….. , même si on ne vous connaît qu’a travers un forum , nous pensons chaque jours a vous , a votre beau petit garçon , et nous prions de toutes nos forces pour que la vie vous offre un 2éme cadeaux aussi beau que votre fils , pour que le vie soit plus douce avec vous ….
    Pleins de bisous étoilées …. ❤

    Répondre

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