Coming-out de mauvais genre

colonnes de Buren

Les années lycée

Je n’ai pas eu le choix d’être homosexuelle. Si je l’avais eu, ma vie aurait été et serait encore
certainement beaucoup plus simple.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours détesté les vêtements féminins.
Toute petite déjà, je refusais énergiquement tout contact avec robes, jupes, chemisiers fleuris et sandalettes à pompons ! Je préférais les shorts en éponge, pantalons en velours et sous-pulls en acrylique qui certes, électrifiaient les cheveux ! Eh oui, je suis une gamine des années 70 !
Enfant, je jouais à la bagarre avec mon père et au foot avec mon frère. J’apprenais aussi à
repasser, cuisiner, faire le ménage avec ma mère et dans ces moments-là, j’étais un modèle de
sagesse car j’avais compris qu’ainsi, cela durerait moins longtemps.
A l’école primaire, je ne voyais aucun intérêt à la marelle et au saut à l’élastique, je
m’épanouissais en jouant aux billes ou au ballon et j’étais amoureuse de ma prof de CM1, enfin ça je l’ai compris plus tard !
A Noël, j’avais des playmobil, des mécanos et un télescope et les rares poupées offertes par des inconnus finissaient au Noël du Secours Populaire. Quand je rechignais à ranger ma chambre, ma mère me disait parfois, tu verras quand tu auras un mari et des enfants…cette phrase ne
résonnait pas en moi et je répondais invariablement, ah non je n’aurais pas de mari, ça c’est sûr ! Plus tard, j’ai préféré faire du handball plutôt que de l’athlétisme puis je me suis cassé le bras en skateboard, ouvert le menton en patins à roulettes et cassé l’autre bras au tennis.
Mais mes parents ne m’ont jamais forcée à aimer des trucs de filles et m’ont toujours laissée libre de devenir qui je suis.
J’ai bien eu des flirts avec quelques garçons dont je ne me rappelle que l’ennui mortel qui
s’emparait alors de moi. Je détestais qu’ils m’embrassent et je ne voyais pas bien l’intérêt de me prendre la main. Bref, ça n’a pas duré longtemps.
Puis je suis tombée amoureuse d’une copine de classe et tout s’est enfin éclairé et a pris sens, comme une évidence.
J’étais ado donc rebelle et je me faisais courser dans les rues de ma ville par le père baraqué et idiot mais surtout homophobe de ma copine. On était ensemble depuis quelques mois et
l’homophobie de son père m’amusait plutôt que m’effrayait mais je n’imaginais évidemment pas l’enfer qu’elle devait subir chez elle au quotidien.
A force de chantages et autres manipulations, un jour elle m’a quittée. C’était un beau jour
ensoleillé de fin d’année scolaire, je venais d’avoir 15 ans et j’étais dévastée. Je suis rentrée chez moi en courant, le visage inondé de larmes. Ma mère m’a vue passer en trombe et en larmes et m’a alors suivie jusqu’à ma chambre où je me suis effondrée en sanglots sur mon lit. Elle s’est
agenouillée près de moi et m’a alors demandée très inquiète ce qui m’arrivait.
Entre deux pleurs, j’ai réussi à lui dire que ma petite copine ne m’aimait plus, qu’elle ne voulait plus être avec moi et qu’elle m’avait donc quittée, bref c’était affreux !
Elle m’a alors caressée les cheveux, essuyée mes pleurs tout en me disant d’une voix
réconfortante que ça s’arrangerait sûrement. Elle m’a consolée ainsi pendant des heures et ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que j’avais fait mon coming-out mais qu’en fait il ne s’était rien passé à part une rupture amoureuse et une maman en or.
1 an après, nous étions à nouveau ensemble avec the petite copine et l’homophobie
grandissante des gens à notre égard me faisait peu à peu alors prendre vraiment conscience que j’étais homosexuelle mais par conséquent inférieure, contre-nature, à part.
On m’a forcée à avoir une étiquette et à me mettre dans une sale case, plus étroite que les autres.
Depuis, je n’ai plus jamais fait de coming-out. Il n’y a rien ni personne à outer.
Partout où l’on me le demande, je suis en couple avec une femme, oui je suis homosexuelle. Et ??
Les étroits d’esprit effrayés s’éloignent, les plus intéressants et intelligents restent, sélection
naturelle automatique et rapide.
Mon fils n’est pas à outer, pas plus qu’autre chose.
Que faudrait-il avouer ? Que j’aime ? Qu’y a t-il de si criminel à aimer sa femme, son fils et ses chats ?  Les coupables ne sont pas du côté de l’amour.

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