Travail d’intérêt personnel

Cela fait maintenant plus de 2 mois que j’ai repris le travail. Ce n’est pas le travail dont je rêvais étant petite (je voulais être astronome ou peindre les passages cloutés !) mais j’ai la chance de travailler avec des personnes que j’aime bien et qui pour quelques-uns sont devenus de véritables amis.
Dans ma vie privée comme dans le travail, j’ai toujours été out sans même me poser de
questions et que cela plaise ou pas. Cela n’a jamais créé aucun problème, bien au contraire.
Je travaille dans un environnement gay-friendly, c’est-à-dire normal dans un vrai monde, dans
lequel toute ma hiérarchie m’a instantanément aidée lors de mes absences soudaines de
dernière minute et immédiatement soutenue lors de ces jours tristes de décembre dernier.
Mes collègues, nombreux jusqu’à bonder cette petite salle du crématorium ont fleuri de mille soleils les adieux à mon petit chaton et m’ont témoigné de mille façons leur sympathie et
amitié.
Aujourd’hui encore alors que j’ai repris une activité à mi-temps, je suis chouchoutée.
J’étais très anxieuse de retourner au travail au point d’en faire de mauvais rêves et de perturber sérieusement mon sommeil qui n’avait déjà pas besoin de ça. Au final, cela me fait autant de
bien que de mal car c’est affreusement éprouvant. Je suis sans cesse confrontée à des
situations que mon cerveau doit enregistrer, analyser puis gérer au mieux.
En me croisant dans les couloirs, je sens que certains me regardent juste comme la fille qui a perdu son bébé. Ce que je suis. Mais d’autres s’expriment par des sourires sincères, des mots de bienvenue, des regards mouillés, des caresses et tapes sur l’épaule. Ça n’en reste pas moins dur mais ça réchauffe au moins un peu le cœur.
La plupart de mes collègues ont des enfants en bas-âge, bébés ou nouveaux-nés…entendre parfois leurs conversations de mères me cisaille le cœur. Voir sur leurs bureaux les photos de leurs enfants qui grandissent me noue les tripes. Mon petit soleil est également sur mon
bureau, j’ai besoin et envie de le voir même s’il ne grandira jamais. Moi aussi, je suis maman.
La vie poursuit son rythme au travail comme ailleurs, les grossesses, les naissances, les congés maternité etc. Il faut bien faire avec, comme tout.
Mais il y a ce silence plus présent que n’importe où ailleurs, cette absence de dire ce qui s’est passé, de nommer mon fils. Seule ma collègue et amie Fifi Brindacier me parle de lui et m’écoute raconter ma vie. C’est elle qui vient à mon secours quand je suis prête à défaillir.
Je suis rassurée quand elle est là et fragile quand elle n’y est pas. La situation est tellement
compliquée à gérer pour tout le monde et je n’arrive toujours pas à savoir ce qui m’apaiserait.
C’est une lutte permanente afin d’empêcher mon regard de divaguer par la fenêtre et embuer mon horizon. Parfois, j’ai juste envie de hurler et de pleurer tellement ça fait mal d’être là.
Il y a aussi des jours meilleurs que d’autres pour ça.
En même temps, je n’ai jamais eu autant de fou-rires au travail qu’en ce moment. La thérapie par le rire me dit Fifi.
Il y a quelques jours, une collègue qui a donné naissance à un petit garçon cinq jours après notre petit soleil est revenue de son congé maternité. Une collègue avec laquelle j’ai partagé tous nos soucis et nos joies de grossesse. Même si j’essayais de ne pas y penser, ça obsédait mes nuits. J’avais peur. En fait, j’étais terrifiée. J’étais inquiète de mes réactions comme des siennes la première fois que l’on se reverrait.
Ça s’est passé tôt le matin, j’étais seule dans l’open space quand elle est rentrée et s’est dirigée vers moi. Je me suis dit, le cœur palpitant et les yeux déjà embués, voilà on y est.
En fait, après m’avoir dit bonjour, elle m’a demandé où se trouvait la place d’une collègue, m’a remerciée et a tourné les talons. Rien sur mon petit soleil ni un mot pour moi, pour nous.
J’imagine que c’est dur aussi pour elle et de toutes façons, je m’interdis de chercher à
comprendre.
J’ai ravalé mes larmes et je me suis dit, voilà c’est passé.
C’est encore long Grand Schtroumpf ?

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