Mon identité si fragile

mon fils

sa peau si douce et ses oreilles rigolotes

Bien souvent, je me pose la question de savoir si je suis vraiment maman.
Ma réponse évidente est oui bien sûr mais parfois je doute de ma propre existence en tant que parent.
Ma petite étoile a filé si vite que je n’ai pas eu le temps de le connaître, de découvrir sa petite personnalité, son petit corps, ses habitudes, son caractère, ses gestes, ses attitudes….
Je ne connais qu’une fraction infime de mon fils. Je ne connais mon fils que lorsqu’il luttait de toutes ses petites forces contre la maladie.
Je n’ai même pas eu le temps de lui changer une couche.
Je n’ai pu découvrir son petit corps que lors de son unique bain, quand il était déjà parti.
Je n’ai pas pu partager beaucoup de choses avec lui même si elles ont été intenses.
Alors parfois, de la même façon dont je doute que tout ça se soit passé, je doute même d’avoir été mère et de toujours l’être.
Mon nom de famille n’a même pas pu être apposé sur son cercueil car seuls les noms inscrits sur l’acte de naissance peuvent y être et je n’y suis qu’en qualité de déclarante de la naissance.
Je n’apparais nulle part sur l’acte de décès.
Heureusement, lors des funérailles, le maître de cérémonie a bien voulu l’appeler de son nom complet, du nom de ses deux mamans. Quel bien fou de l’entendre car je savais que je ne
l’entendrai plus jamais de ma vie.
Mais un souvenir me hante.
La toute première fois que j’ai tenu et serré mon fils dans les bras, la première fois que je l’ai embrassé, je lui ai promis que dorénavant, rien ne lui arriverait, que je le protégerais toute ma vie. Et j’ai failli à cette promesse. Comme si je lui avais menti et cette pensée, cette culpabilité me torture et me ronge même si je sais que cela signifie juste d’être humain donc imparfait. C’est juste que je ne peux pas le concevoir. Pas encore en tout cas.
Le silence autour aussi est terrible. Comme si les mots du chagrin étaient tellement impudiques qu’ils en devenaient silencieux. Ne pas parler de lui ni entendre prononcer son si joli prénom alors qu’il aurait dû nous baigner de soleil au quotidien est une douleur de plus.
Oui, j’ai peur que « les autres » l’oublient.
Parce qu’aussi nous ne sommes que trois à l’avoir vu et seulement nous deux à l’avoir connu en vie. Personne ne m’a jamais vue l’avoir dans les bras ou simplement être avec lui, l’aimer,
autrement qu’en photo. Personne ne m’a jamais vue maman.
Comme si rien n’avait existé, une fois de plus, puisqu’il n’y a pas de « témoins » de sa vie.
Et paradoxalement, son absence est omniprésente.
Sa chambre est restée intacte. J’aime y aller. J’aime l’y retrouver, lui parler, le pleurer.
Alors je sais qu’il est là et je me sens maman à nouveau même s’il n’y a rien ni plus personne pour montrer que je suis parent.

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8 réflexions au sujet de « Mon identité si fragile »

  1. mamanfwoggie Auteur de l’article

    I think at some point, we, « the grieving social mothers », might feel like this, especially after what we went through just because we also didn’t have the 9months old bond that the biological mothers built. I just had few hours to feel him against my skin.

    Répondre
  2. SAM

    Ce que tu as dit n’est pas mentir. Ce que tu as dit c’est être parent.
    Quand ma fille s’inquiète – comme tous les enfants – de ma mort possible et que je lui réponds que je vivrai très vieille et que je serai toujours là pour veiller sur elle;
    Quand elle a peur et que je lui dis que, tant que je suis à ses côtés il ne pourra rien lui arriver ;
    J’ai toujours un moment quand je lui réponds ces choses –là durant lequel mon esprit croise les doigts en espérant dire vrai…. Mais suis-je en train de la « trahir » pour autant ?
    Ce que nous cherchons à faire c’est à les rassurer, les préserver de la peur, de l’inquiétude, les réconforter dans l’idée qu’ils ne sont pas seuls et que nous sommes là pour eux.
    C’est ce que tu as fait pour ton Petit Soleil, c’est la chaleur de ta voix familière, la douceur et l’amour dans tes mots qu’il a perçus.
    Un jour, c’est que je souhaite de toutes mes forces, tu auras un autre enfant. Et j’imagine sans mal que tu lui souffleras aussi à l’oreille des paroles magiques, des paroles de protection.
    Ces paroles de maman.

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  3. yael

    tu es la Maman De ton Petit Soleil pour nous toutes qui te lisons et j ‘imagine pour tellement plus de personnes encore.
    C’est une évidence, une réalité. Tu es maman dans nos têtes.
    Nous n’oublions pas.
    Un abrazo muy fuerte, je te sers dans mes bras.

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  4. Banane

    Je découvre aujourd’hui votre blog via celui de Julys et je n’ai pas un instant d’hésitation sur le sujet : mon coeur de maman reconnaît dans vos écrits un coeur de maman qui saigne. C’est d’ailleurs douloureux à lire, je suis si désolée pour vous 3…
    Et pour la culpabilité, ça me parle, car je suis (dans une moindre mesure) bien placée pour savoir qu’on ne peut les protéger de tout, malgré tous nos efforts.
    Bref plein de pensées pour vous.

    (et c’est vrai qu’elles sont rigolotes ses oreilles, à croquer! 😉 )

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    1. mamanfwoggie Auteur de l’article

      On essaie toujours de les protéger du mieux que l’on peut mais voilà, on ne peut pas tout contrôler, c’est juste dur à accepter. Merci Banane de tes jolies pensées!

      Répondre

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