36h36

mon fils

les premiers instants de vie

Il y a quelques mois, début décembre, ma vie a changé pour toujours.
J’ai changé pour toujours.

Après deux ans et demi d’un parcours tumultueux et d’essais infructueux ponctué d’un pré-cancer de l’utérus, ma merveilleuse femme a mis au monde notre premier enfant, mon fils.
3,160 kgs et 50 cm. Parfait. Magnifique. Beau comme le soleil.
36 heures et 36 minutes après sa naissance, il était déjà parti.
Emporté par une méningite foudroyante due à la bactérie escherichia coli.

Nous ne l’avons eu avec nous que quelques heures.
Le soir de sa naissance, après qu’il ait pleuré toute la journée, je lui ai enlevé son body parce que je pensais qu’il avait trop chaud et j’ai alors remarqué quelques petites tâches rouges sur sa peau.
J’en ai immédiatement parlé à l’infirmière puis la pédiatre est arrivée et elles ont décidé de l’emmener en néonatalogie pour le surveiller et le mettre sous antibiotiques. Nous l’avons veillé jusque tard dans la nuit jusqu’au moment où les infirmières nous ont ordonnées d’aller dormir car nous n’avions pas dormi une seconde depuis près de 50h, depuis bien avant l’accouchement.
Le lendemain matin, au réveil, on nous a appris qu’il avait été descendu en réanimation néonatale car il avait fait un malaise cardiaque dans la nuit. Nous nous sommes immédiatement présentées au service de réa et là, on nous a fait attendre en nous disant qu’on allait sortir pour nous parler.
Ma femme et moi, nous nous sommes alors regardées et nous savions déjà ce qu’ils allaient nous dire. Les visages décomposés de la docteur et de l’infirmière nous l’ont immédiatement confirmé. C’était une méningite fulgurante et il n’y avait quasiment aucune chance de le sauver.
Nous sommes allées le voir en nous prévenant avant qu’il serait « un peu » changé….
Il était minuscule dans cette grande pièce, relié par des dizaines de tubes et tuyaux à des machines partout, son petit corps entièrement tâché par la maladie, les yeux fermés et pourtant si beau, mon chaton.

Toute la journée, nous l’avons veillé et avons été attentive au moindre changement de son état. Une amie proche est venue lui chanter en créole une chanson de sa grand-mère pour l’aider à se battre. Mais quand les derniers examens sont tombés et qu’il n’y avait plus aucun espoir, il a fallu prendre une décision. A peine parents, nous avons dû faire face à la plus injuste et violente des situations.
Nous avions déjà ressenti que son âme était partie alors nous lui avons dit toutes les deux qu’il pouvait partir, qu’il n’avait plus à se battre, qu’il n’avait plus à souffrir…
Il était déjà dans nos bras quand l’infirmière a débranché le respirateur artificiel.
Il s’est éteint, sans bruit et couvert de baisers, entouré de l’amour infini de ses deux mamans.

Nous l’avons ensuite lavé, chaque petit pli de son petit corps, nous l’avons habillé de son petit pyjama crème si mignon et son petit bonnet taupe.
Nous lui avons parlé, l’avons embrassé, câliné dans un silence effroyable.
Nous l’avons ensuite couché dans un petit couffin installé dans une salle paisible et épurée.
Nous lui avons dit au revoir, à bientôt en le regardant jusqu’au dernier moment.
C’était la dernière fois que j’ai vu mon fils.

Le jour d’après, il a fallu que j’aille déclarer en personne sa naissance à la mairie, seul moyen que « j’existe » quelque part. Seul moyen de voir écrit mon nom sur son acte de naissance puisque, quoi qu’en dise la loi, je suis sa mère aussi. Mes parents et ma meilleure amie sont venus avec moi, je ne sais toujours pas comment j’ai réussi à seulement marcher. On a attendu longtemps, au milieu de tous ces papas joyeux et fiers de déclarer une naissance.
Moi, je ne sais pas où j’étais, je crois que j’étais passée en mode automatique car je m’entendais, au loin, répondre machinalement aux questions de l’employée qui enregistrait la naissance de mon fils.
Pendant mon absence, tout l’hôpital avait défilé devant ma femme, des aides-soignantes aux chefs de service en passant par les sage-femmes, pédiatre, psys, docteurs en réa etc. Tous semblaient en état de choc et ne savaient pas vraiment quoi dire. Elle aussi, était ailleurs…

Tout ce qui s’est passé après : le terrible retour à la maison sans lui, les obsèques, mes beaux-parents venus des USA, les formalités administratives ou tout simplement manger, dormir, boire, marcher, parler….tout ça n’est qu’une nébuleuse de fragments de survie sans lieu ni temps, sans repères.

Comme une sorte de dimension parallèle que l’on verrait de loin, sans que ça nous concerne.
Dans quelques jours, mon petit soleil aurait eu 4 mois.
J’aurais dû être épuisée mais la plus heureuse des mamans.

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4 réflexions au sujet de « 36h36 »

  1. Noukie

    Comme promis, je te suis ici.
    Tes mots sont beaux, tes maux sont déchirants et me laissent désemparée et sans voix….
    Juste, je suis là, si …
    Noukie

    Répondre

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